Compte-rendu de la conférence sur la place de l'icône dans la spiritualité orthodoxe.

Compte-rendu de la conférence sur la place de l'Icône dans la spiritualité Orthodoxe.

Photographies, (tous publics)  Video (disponible pour adhérents uniquement) - Texte complet (en construction pour adhérents uniquement) - Les adhérents qui ne parviennent pas à accéder à la page sont priés de se faire connaître en écrivant à l'ACOS.  -  Pour adhérer...

Conférence-formation sur « la place de l'icône dans la spiritualité orthodoxe » : 

Cette conférence était attendue. Toutefois, nous escomptions plus de présences samedi dernier pour honorer M. Grégoire ASLANOFF venu spécialement de Paris pour traiter du sujet à l'invitation de l'ACOS. 

La Pandémie menaçante a pu dissuader certains ; C'est donc face à un auditoire de 34 personnes que M. Aslanoff a détaillé la place et le sens de l'icône dans la spiritualité, la liturgie et dans la tradition de l'Eglise orthodoxe. 

Tentons ici de résumer cette passionnante communication qui a débuté avec la présentation fine et très courtoise de l'Orateur par Dom Bertrand GAMELIN o.s.b.. Au terme de sa brève introduction, il a invité M. Aslanoff à "résoudre l'énigme, sur le symbolisme, les lois régulières et harmoniques, la vie spirituelle et mystérieuse concernant l'art sacré que Dom Guéranger avait soulevé lorsqu'il écrivait au Vicomte de Montalembert : "On a parfaitement décrit les monuments, fixé leur dates et leur divers caractères ; mais on s’est pas encore occupé de déterminer le profond symbolisme, les lois régulières et harmoniques, la vie spirituelle et mystérieuse de tout ce que les siècles chrétiens nous ont laissé". 

La conférence démarre sur le rappel de l'année 843 ap. J.-C. qui voyait se terminer la longue crise iconoclaste lorsque l’Impératrice Irène et le Patriarche de Constantinople proclament définitivement la légitimité de la fabrication et de la vénération des saintes images. Cet événement est commémoré tous les ans par les orthodoxes le Premier dimanche de Carême jour qui correspond à la date de l'année 843. 

Entrant dans le vif du sujet, nous apprenons que l'icône est "un des fondamentaux de la foi", ce n'est pas un style de peinture mais plutôt un langage visuel avec une "grammaire" qui admet plusieurs styles. Elle exprime des dogmes et le dogme fondamental de l'Eglise c'est l'Incarnation. A partir de la venue du Christ sur terre, la loi mosaïque qui interdisait les représentations chez les juifs cède la place à la restauration des images. 

Les icônes quant à elles ne peuvent être réduites à l'illustration des écritures. On les vénère sans les adorer. Elles ont une fonction pédagogique : "Ce que la Bible est pour les lettrés, l’image l’est pour les illettrés".

Les Emprunts

Les chrétiens étant nés dans le contexte de l’Empire romain, ils se sont inspirés de cet l’art romain et l’ont "baptisé". En effet, si l’art romain était temporel, autrement-dit proche de la réalité, il y avait aussi un autre courant plus spiritualisé.

En définitive, il est très vraisemblable et c’est même manifeste que l’art chrétien est né de ce terreau de l’art romain, mais la différence essentielle réside dans le fait que dans la représentation romaine, en se basant sur les portraits de Fayoum, on voit le reflet de la lumière incidente dans les yeux alors que dans le cas de l’icône, la personne représentée, le Christ par exemple, n’est pas éclairée par l’extérieur. C’est elle qui éclaire. 

Les moyens de représenter l'invisible

A travers la peinture, l'icône cherche à représenter la divino-humanité du Christ. La divinité étant invisible, l'art de l'icône va adopter des moyens indirects et particuliers pour atteindre ses buts. Quels sont-ils ? Ces moyens sont guidés par la nécessité de représenter la lumière. Il s'agit de la lumière de la Transfiguration qui est plus forte que le soleil. Mais par quels moyens représenter cette lumière surnaturelle ? 

Premier moyen : Le nimbe

Un premier moyen est le nimbe qui est un halo de lumière entourant la tête. Ses origines remontent à l'art romain. Il est comme une indication de la lumière divine. En effet, c’est par cette espèce de symbole, de signe, que l’on désigne que la personne représentée dans l'icône est porteuse de l’Esprit-Saint. 

Deuxième moyen : Le fond uni

Pour représenter le ciel et donner une espèce d’avant-goût du Royaume des cieux, le peintre tente de montrer que tout est baigné de la lumière divine; aussi adopte-t-il un fond uni et la plupart du temps un fond d'or. L’or est bon moyen mais il n’est pas obligatoire mais cela ne suffit pas non plus. A savoir aussi qu'il y a peu de symbolique des couleurs dans les icônes.

A ce stade, on voit déjà que l’icône ne veut pas représenter ce que nous voyons, c'est-à-dire notre monde contemporain. 

Troisième moyen : L'oeil qui observe ne rentre pas dans le tableau

Contrairement à ce qui se produit avec la peinture de la renaissance, où l'oeil est invité à rentrer dans le tableau, dans le cas de l'icône, c’est la personne qui est représentée ; c'est elle qui vient vers celui qui la vénère. Pour représenter la figure isolée, elle le fait, la plupart du temps, de face ou de trois-quart, extrêmement rarement de profil. Enfin celui qui a la grâce de voir la lumière dans l'icône fait partie de cette lumière.

Les fonctions de l'icône

Parmi les fonctions de l'icône, nous avons bien sûr la prière mais aussi le résultat de la prière elle-même qui est d'acquérir l'Esprit-Saint et le corps transfiguré. L'icône a également pour but d'attester la foi fondamentale en l'incarnation. Dans ce sens, les iconodoules, ceux qui défendaient les images disaient si vous niez la possibilité de représenter Jésus-Christ, vous niez l’incarnation et si vous niez l’incarnation vous niez l’histoire du Salut ; si les orthodoxes sont si attachés à l’icône c’est aussi en raison du fait que l’icône montre la voie à laquelle nous devons accéder et cette voie est la transfiguration. Toute l’humanité et toute la création doit tendre vers ce Salut

L'art de l'icône est-il un art libre ?

L'art de l'icône respecte en quelques sortes des règles qui ressemblent à des canons. Aussi le peintre est-il amené à respecter des règles ; toutefois celles-ci permettent une énorme liberté car il y a plusieurs styles différents et cette multiplicité des styles invite à réfléchir à une icône authentique pour notre temps. Il ne s'agit pas de répéter inlassablement un style, par exemple celui du XVe siècle russe, parce c’est l’époque de Roublev et que l'on aime la peinture de Roublev. De même la technique qui consiste à coller sur une planche de bois un icône imprimée sur papier ne relève pas de l'iconographie. L'icône peut en revanche être sur tous les supports, fresques, mosaïques et même des monnaies, etc.... Les pères de l'Eglise l'ont admis ainsi. 

Quelles doit être l'attitude du peintre d'icônes ?

Le peintre d'icône doit se "mettre en bémol"; il doit servir et surtout ne pas se mettre en écran face aux fidèles. Il n'est qu'un intermédiaire. Des excès sont toujours possibles. Grégoire Aslanoff prend comme exemple le cas d'Albrecht Dürer qui se représente et fait son autoportrait de lui en Christ; cela est bien sûr choquant pour un orthodoxe. Et pourtant cette déviation pour toujours arriver même à un peintre d'icônes.

Quelques caractéristiques qui reflètent une théologie différente de la catholique.

On apprend que les orthodoxes n'ont pas de Mariologie. La mariologie des orthodoxes est christologique. En effet, la Mère de Dieu ayant eu un rôle essentiel dans l'histoire du Salut, on ne la conçoit pas sans le rôle qu'elle a joué dans l'Incarnation. Quant au christ dans les bras de sa mère, il est représenté imberbe mais il est hors de question de le peindre comme un poupon car on veut le représenter comme Dieu éternel. 

Conclusion 

Ce résumé de la conférence a pour but de révéler le grand intérêt que la communication de M. Grégoire Aslanoff a suscité chez les auditeurs. Le texte complet et la vidéo sont à la disposition des adhérents par le lien fourni ci-dessus.