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Ukraine : La nouvelle Église orthodoxe autocéphale s’organise

publié le 24 janv. 2020 à 10:34 par Président ACOS   [ mis à jour : 24 janv. 2020 à 11:19 ]

21-01-2020 - Sébastien Gobert - Source - Un an après son établissement par la fusion de deux organisations ecclésiales orthodoxes ukrainiennes, l'Église orthodoxe d'Ukraine jouit d'une certaine prépondérance numérique dans le pays, mais rassemble moitié moins de paroisses que l'Église rivale restée liée au patriarcat de Moscou. Son existence bouleverse les relations dans le monde orthodoxe, mais c'est sur la situation en Ukraine que se penche Sébastien Gobert pour nous proposer un bilan provisoire dans cet article.

La Laure des Grottes de Kiev (© Alena Dudaeva | Dreamstime.com).

Mon Église sera bientôt sur smartphone. En 2020, l’Église orthodoxe d’Ukraine adopte une dimension résolument moderne avec la création d’une application, Mon Église. «  Les utilisateurs pourront y trouver une série d’informations pratiques, telles que les horaires des services liturgiques, ou un annuaire des églises  », explique l’archevêque Yevstraty Zoria. C’est le choix de l’innovation technologique et de l’accessibilité pour une jeune institution, créée il y a un peu plus d’un an, le 15 décembre 2018. En entrant de plain-pied dans l’espace médiatique du 21e siècle, l’Église tente aussi de réussir son entrée dans l’histoire.

La Laure des Grottes de Kiev (© Alena Dudaeva | Dreamstime.com).

« L’Église existe, c’est indéniable », s’est félicité le métropolite Épiphane, 41 ans, à l’occasion d’une célébration liturgique pour le premier anniversaire de l’Église, le 15 décembre 2019. « Nous avons gagné en maturité, nous avons préservé l’unité, et nous avons établi des institutions durables ». Même si l’Église s’est bâtie en grande partie sur des structures préexistantes de l’Église orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Kiev, et de l’Église orthodoxe autocéphale ukrainienne, toutes deux dissoutes, la construction d’une nouvelle organisation religieuse n’est certes pas une mince affaire. Et pourtant, nombre d’observateurs attendaient un développement plus conséquent dans la première année d’existence de l’Église.

Le métropolite Épiphane de Kiev et de toute l'Ukraine en octobre 2019 (© 2019 Palinchak | Dreamstime.com).

Portée sur les fonts baptismaux par l’ancien président Petro Porochenko le 15 décembre 2018, l’Église orthodoxe d’Ukraine a reçu le tomos d’autocéphalie du patriarche œcuménique Bartholomée de Constantinople le 7 janvier 2019, jour de la Noël orthodoxe. En rompant avec un attachement des territoires canoniques ukrainiens à l’Église russe depuis 1686, l’initiative, très médiatisée, était porteuse d’un projet d’unification des différentes branches de l’orthodoxie représentée en Ukraine : l’Église autocéphale, le patriarcat de Kiev, mais aussi l’Église orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Moscou [1].

Un an plus tard, force est de constater que cette dernière reste très implantée dans le pays. Le statut du patriarcat de Kiev reste incertain, en raison de la résistance du turbulent Philarète (né en 1929, qui l’avait dirigé de 1995 jusqu’à l’octroi du tomos).

Le métropolite Épiphane de Kiev et de toute l'Ukraine en octobre 2019 (© 2019 Palinchak | Dreamstime.com).

L’Église menée par Épiphane, elle, n’est pas parvenue à rallier autant de paroisses que prévu, et seules trois des Églises orthodoxes à travers le monde l’ont reconnue à ce jour [2]. « 2019 a été une année d’occasions, mais aussi de frustrations », résume Taras Antoshevskiy, directeur du portail RISU (Religious Information Service of Ukraine).

Une implantation solide malgré un flou numérique

Au contraire de la croyance générale véhiculée par l’engouement médiatique de la fin 2018, l’Église orthodoxe d’Ukraine n’est pas totalement indépendante. Si elle s’est détachée de Moscou, le tomos d’autocéphalie n’en a pas fait un patriarcat, mais une métropole, avec des liens de subordination au patriarcat œcuménique de Constantinople. Elle revendique le plus grand nombre de fidèles en Ukraine, ce qui est confirmé par deux études distinctes. Selon l’Institut international de sociologie de Kiev en mai 2019, 48,8 % des quelque 20 millions d’Ukrainiens rattachés à l’orthodoxie affirment relever de la nouvelle Église, contre 14,2 % affiliés au Patriarcat de Moscou. 16,3 % des répondants se déclarent orthodoxes sans affiliation particulière. Selon le Centre Razumkov en novembre 2019, seuls 20,3 % des répondants se considérant comme orthodoxes se disent affiliés à la nouvelle Église, contre 16,3 % à l’Église russe, tandis que pas moins de 46,6 % se décrivent comme orthodoxes sans préférences. Certains écarts conséquents entre les deux sondages peuvent être expliqués par les méthodologies différentes, mais aussi par le fait que l’Institut international de sociologie de Kiev n’inclut pas le patriarcat de Kiev dans ses questions. Selon le rapport du Centre Razumkov, 11,9 % des Ukrainiens orthodoxes affirment s’y rattacher. Cela modifie les résultats, même si les deux études confirment une certaine prépondérance de la nouvelle Église en termes numériques[3].

Fidèle orthodoxe dans une église en Ukraine (© 2017 Mykola Komarovskyy - Dreamstime.com).

En revanche, la métropole compte seulement quelque 6000 paroisses, environ moitié moins que celles de l’Église liée au Patriarcat de Moscou. Hormis le monastère Saint Michel du dôme d’or à Kiev, elle n’exerce son autorité sur aucune des trois « Laures », lieux de pèlerinage de la chrétienté orthodoxe en Ukraine. Entamé avec un intérêt marqué du public, le mouvement de transfert de paroisses de l’Église ukrainienne sous obédience de Moscou à l’Église autocéphale d’Ukraine n’a concerné que quelque 500 communautés, sur plus de 12 000 relevant du patriarcat de Moscou[4]. Les chiffres n’en restent pas moins contradictoires. Selon Épiphane, plus de 600 paroisses auraient opéré leur transfert. Mais selon la direction de l’Église ukrainienne du patriarcat de Moscou, 100 églises auraient été saisies de force, 220 réenregistrés de manière illégale, et seules 78 communautés auraient volontairement rejoint la jeune Église. À en croire le métropolite Antony de l’Église russe, cité par l’agence Interfax en décembre 2019, ce serait en fait son institution qui aurait crû en nombre de paroisses, de prêtres et de moines.

Fidèle orthodoxe dans une église en Ukraine (© 2017 Mykola Komarovskyy - Dreamstime.com).

Ce flou numérique est entretenu par l’absence de recensement clair par les ministères de la Justice et de la Culture, mais aussi par le nombre de procédures de transferts et d’actions en justice actuellement en cours. Pour Épiphane, « rien ne presse ». S’il se dit convaincu du potentiel de son Église à unifier les différentes branches de l’orthodoxie, il appelle à des ralliements « pacifiques, calmes et volontaires ». Le maillage géographique de la nouvelle Église donne une idée plus précise de son influence : l’essentiel de ses paroisses est concentré dans l’ouest et le centre du pays, terres historiques de l’ancienne Église autocéphale et du patriarcat de Kiev. La métropole est contrainte à la clandestinité dans les territoires séparatistes de Donetsk et Louhansk, et soumise à fortes pressions en Crimée annexée par la Russie.

Les réalités d’un projet politique

Une raison de ce développement somme toute mesuré de la nouvelle Église par rapport aux attentes de ses promoteurs réside dans la différence entre la perception véhiculée dans l’espace médiatique fin 2018 d’un raz-de-marée unificateur, et les réalités complexes du pays. Celles-ci ont d’ailleurs été illustrées par les chocs électoraux de 2019. Issu d’une famille juive, Volodymyr Zelenskyy a pris ses distances avec les affaires religieuses dès son investiture, à travers une vidéo plaçant sur un pied d’égalité plusieurs dignitaires religieux de différentes confessions. En rupture avec l’équipe de Petro Porochenko, les institutions d’État sous Zelenskyy ne manifestent pas un soutien quelconque à la nouvelle Église orthodoxe, qui bénéficie ainsi de moins de subventions publiques ou de relais administratifs qu’espéré.

Le président Volodymyr Zelenskyy lors d'une visite à Uzhgorod en juillet 2019 (© 2019 Yanosh Nemesh | Dreamstime.com).

À l’en croire pourtant, cette configuration lui convient. De cette manière, la métropole n’est pas assimilée à une « Église d’État », comme beaucoup l’avaient critiquée début 2019. Petro Porochenko lui-même était décrié comme un nouvel Henri VIII : « sa » nouvelle Église aurait été motivée par un pur opportunisme électoral, selon ses détracteurs. Désormais privé de patron politique, Épiphane se doit de « gagner les cœurs et les âmes, sans empressement ». Il a pour cela imprimé des allègements, afin de rapprocher l’Église de ses fidèles. Il a par exemple autorisé la disposition de chaises dans les nefs pendant les services liturgiques. Si les femmes sont invitées à revêtir un voile à l’entrée des églises, elles sont autorisées à entrer tête nue. « Il est important de regarder la personne pour ce qu’elle est, sans se soucier du code vestimentaire », explique le diacre Omelyan, porte-parole de l’Église, dans un entretien à Deutsche Welle.

L’Église autocéphale a aussi exploré les possibilités d’un passage de la célébration de la fête de Noël du 7 janvier au 25 décembre, dans le but de préparer l’Église à adopter le calendrier grégorien[5]

Le président Volodymyr Zelenskyy lors d'une visite à Uzhgorod en juillet 2019 (© 2019 Yanosh Nemesh | Dreamstime.com).

La transition ne se fera cependant pas dans un futur proche, Épiphane estimant que « nos fidèles ne sont pas prêts »[6]. L’initiative marque néanmoins une orientation pro-européenne claire et, par concomitance, une dimension très politique de son Église. À l’instar de Petro Porochenko, Épiphane la considère ainsi comme « un outil au service des intérêts de la nation et de l’État ukrainiens ».

Une forte adversité, externe comme interne

L’un des principaux freins au développement de la métropole tient à la faiblesse de sa reconnaissance internationale. Épiphane a beau envisager établir des relations avec « quatre ou cinq Églises supplémentaires » en 2020, les questions restent nombreuses quant aux prérogatives canoniques de Kiev, et au bien-fondé de l’initiative de Bartholomée d’accorder un tomos d’autocéphalie. Les pressions de l’Église russe en dissuadent aussi plus d’un. Le patriarche Kyril à Moscou s’est distingué par une véhémence sans précédent à l’encontre de Constantinople et de Bartholomée.

Le métropolite Onuphre, à la tête de l'Église d'Ukraine restée liée au patriarcat de Moscou, lors de la fête de la Théophanie le 19 janvier 2019 à Kiev (© 2019 Yurii Zushchyk | Dreamstime.com).

En contraste, les relations en Ukraine même entre l’Église russe et la métropole n’ont pas été marquées par les provocations et tensions que nombre d’observateurs attendaient. « Le clergé du patriarcat de Moscou a compris que la nouvelle Église sans Porochenko était bien plus faible que prévu », estime l’archimandrite et professeur en théologie Cyril Hovorun. « Ils n’ont donc pas jugé utile de chercher la confrontation ». Il note que l’Église russe n’est pas pour autant restée passive. Plusieurs conférences et réunions ont été autant d’occasions d’imposer une discipline au sein du clergé. Un recours en justice a aussi cherché à invalider le nom de la nouvelle Église, sans succès. « De manière générale, la concurrence est bonne pour chacune de ces Églises », poursuit Cyril Hovorun. « Elle induit une motivation à se réformer. En particulier, le patriarcat de Kiev, sur lequel s’est basée l’Église d’Ukraine, était une institution très fermée, très soviétique dans ses pratiques. Épiphane a l’occasion d’en moderniser toute la structure ». Ce sont d’ailleurs les reliquats du patriarcat de Kiev, sous la férule de l’ancien patriarche Philarète, âgé de près de 91 ans, qui ont provoqué un test existentiel pour la nouvelle Église.

Le métropolite Onuphre, à la tête de l'Église d'Ukraine restée liée au patriarcat de Moscou, lors de la fête de la Théophanie le 19 janvier 2019 à Kiev (© 2019 Yurii Zushchyk | Dreamstime.com).

L’ancien patriarche, dont la réputation est très controversée depuis son ascension dans la hiérarchie de l’Église russe pendant l’ère soviétique, a mené une fronde ouverte contre Épiphane au printemps. Motif : il aurait été trompé par le métropolite et Petro Porochenko, qui lui auraient promis un rôle dirigeant au sein de la métropole. Sa tentative de restaurer le patriarcat de Kiev et de recouvrer son clergé et ses propriétés ont néanmoins échoué. Philarète, isolé dans la cathédrale Saint Volodymyr de Kiev que lui avait réservée Épiphane, n’est pas parvenu à rassembler plus de mécontents qu’une poignée de prêtres et deux évêques. Deux de ses recours en justice pour rétablir le patriarcat ont échoué. Le 7 janvier, même la chaîne publique ukrainienne, Souspilné, lui a refusé la retransmission de sa traditionnelle messe de Noël.

Cette crise, qui aurait pu coûter à l’Église une large partie de son assise territoriale, a au contraire été l’occasion pour Épiphane d’affiner son style de dirigeant modéré et patient, mais ferme. Pour lui, l’attitude de Philarète n’est guère digne de considération dans la mesure où « quelques forces prorusses jouent dans le dos du patriarche honoraire, même s’il ne semble pas lui-même s’en rendre compte », comme il le déclare dans un entretien à Oukrainska Pravda. En résistant à Philarète, Épiphane a par ailleurs fidélisé les représentants de l’ancienne Église autocéphale, et probablement envoyé un signal bienvenu à d’autres Églises orthodoxes à travers le monde, de longue date défiantes envers Philarète.

Si l’ancien patriarche est désormais ostracisé, il ne semble pas prêt à apaiser les relations avec l’Église d’Ukraine. Le 10 janvier, il a officiellement rétracté sa signature de l’acte de fondation de la métropole. Une déclaration « sans conséquence » pour l’archevêque Yevstraty Zoria, même si elle montre que l’idée de la survivance du patriarcat de Kiev restera une épine dans le pied d’Épiphane, du moins du vivant de Philarète.

Autre effet collatéral de cette dispute : elle a permis à la nouvelle Église de connaître un renouveau d’intérêt médiatique, après être tombée dans les limbes de la normalité suivant l’élection présidentielle d’avril. Il est de fait remarquable que le projet politique de la fondation de l’Église se soit dissipé aussi rapidement, après avoir dominé l’agenda médiatique du second semestre 2018. L’existence de la nouvelle Église orthodoxe d’Ukraine est un phénomène dont la portée historique, religieuse et symbolique ne peut être sous-estimée. Mais c’est sur la scène internationale du monde orthodoxe qu’elle a suscité le plus de bouleversements, bien plus que dans la réalité religieuse en Ukraine.

Notes

  1. Nombre de médias ukrainiens la dénomment aujourd’hui « Église russe en Ukraine », mais ce n’est pas le nom qu’elle accepte ou utilise elle-même. 
  2. Il s’agit du patriarcat œcuménique de Constantinople, du patriarcat d’Alexandrie, et de l’Église de Grèce, même si la reconnaissance par cette dernière n’est pas encore officiellement actée. 
  3. Il serait également intéressant de pouvoir établir des corrélations entre les autodéfinitions de ces pourcentages et les taux de pratique religieuse, mais les données disponibles ne semblent pas le permettre pour le moment (NDLR). 
  4. Une carte interactive en ligne permet de suivre le processus: https://www.google.com/maps/d/viewer?mid=1XQR0sfHFFiiXyGiVYqI1mNylJ9fFPdnh&ll=48.99498723042645%2C29.884009600000013&z=6 
  5. Pour le cycle des fêtes fixes, certaines Églises orthodoxes, à commencer par le Patriarcat de Constantinople et l’Église de Grèce dès les années 1920, ont adopté le calendrier grégorien, non sans résistances (il existe ainsi en Grèce des groupes dits « vieux-calendaristes » qui n’ont jamais accepté ce changement) (NDLR). 
  6. « Nous continuerons de mener un travail éducatif et, quand nous verrons que la grande majorité des chrétiens orthodoxes sont prêts à changer de calendrier, nous procéderons à cette réforme », a déclaré le métropolite Épiphane au mois de décembre 2019 (« Epifaniy: Orthodox Church of Ukraine will celebrate Christmas on December 25, if everyone supports this idea », 112 Ukrainehttps://112.international/society/epifaniy-orthodox-church-of-ukraine-will-celebrate-christmas-on-december-25-if-everyone-supports-this-idea-46546.html). 

La vie oecuménique en Ile et Vilaine (France).

publié le 22 janv. 2020 à 22:05 par Président ACOS   [ mis à jour : 24 janv. 2020 à 10:21 ]

23-01-2020 - Par Maurice Thuriau (RCF) - Chaque année les chrétiens prient pour leur unité du 18 au 25 janvier.

A l'occasion de la Semaine 2020 de prière pour l'Unité des chrétiens, Maurice Thuriau invite à (re)découvrir la vie eocuménique en Ille et Vilaine avec plusieurs membres du bureau oecuménique de Rennes.

Cette année, le thème est : « Ils nous ont témoigné une humanité peu ordinaire ».

Orthodoxes, protestants de l'Eglise Unie de France, les chrétiens évangéliques et les catholiques se retrouvent régulièrement pour se connaitre et marcher ensemble vers l'unité.

Comment est vécu et pensé l'oecuménisme au quotidien aujourd'hui en Ile et Vilaine (Bretagne) ? C'est ce que tente de montrer RCF Alpha.

L’hospitalité, au cœur de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens 2020.

publié le 18 janv. 2020 à 09:45 par Président ACOS

18-01-2020 par Adélaïde Patrignani, Cité du Vatican - C’est ce samedi 18 janvier que débute la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, qui s’achèvera le 25 janvier prochain. Chaque année, depuis 1908, elle rassemble dans la prière des chrétiens de toutes confessions, autour d’un thème particulier. L’édition 2020 s’articule autour du verset «Ils nous témoignèrent une humanité peu ordinaire» (Ac 28,2), donnant l’occasion de réfléchir aux vertus œcuméniques de l'hospitalité.

Cette année, le thème et les textes ont été préparés par les Églises chrétiennes de Malte et Gozo, en collaboration avec un comité international composé de représentants du 

Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens et de la Commission "Foi et Constitution" du Conseil œcuménique des Églises.

Accueillir l'étranger

Outre la nécessité d'être accueillants envers les autres chrétiens, «les chrétiens travaillant ensemble peuvent faire plus pour offrir l'hospitalité à de nombreux migrants et réfugiés qui se lancent aujourd'hui dans un voyage aussi dangereux que celui de saint Paul», souligne le Conseil Pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens. Ainsi, cette semaine de prière devient l’occasion de tourner son regard et son cœur vers le défi de l’accueil des migrants.

Plus d’un siècle d’histoire

Dans l’hémisphère nord, la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens est célébrée du 18 au 25 janvier. Ces dates furent proposées en 1908 par le Révérend Père Paul Wattson, de manière à couvrir la période entre la fête de saint Pierre et celle de saint Paul (avant 1960, on célébrait le 18 janvier la Chaire de St Pierre Apôtre à Rome).

Dans l'hémisphère Sud, où le mois de janvier est une période de vacances d'été, on préfère adopter une autre date, par exemple aux environs de la Pentecôte (ce qui fut suggéré par le mouvement "Foi et Constitution" en 1926) qui représente aussi une autre date symbolique pour l’unité de l’Église. Déjà en 1894, le Pape Léon XIII avait encouragé la pratique de l'Octave de la Prière pour l'unité dans le contexte de la Pentecôte. Et 70 ans plus tard, en 1964, le Décret sur l’œcuménisme du Concile Vatican II (Unitatis redintegratio) encourage la pratique de la Semaine de Prière pour l’unité des chrétiens, en soulignant que la prière est l'âme du mouvement œcuménique.

Un exemple éloquent avait été donné quelques mois plus tôt, à Jérusalem, lors de la rencontre historique entre le Pape Paul VI et le Patriarche Athénagoras Ier. Tous deux avaient récité ensemble (en alternance verset par verset, Paul VI lisant en latin et Athénagoras Ier en grec) la prière du Christ pour l’unité rapportée dans l’Évangile selon saint Jean, chapitre 17. «Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé» (Jn 21, 17), verset incontournable de la prière pour l'unité des chrétiens, avait été prononcé par le Successeur de Pierre.

Le corps de saint Timothée à Rome

À Rome, comme chaque année, le Pape célébrera les secondes vêpres de la solennité de la conversion de saint Paul le 25 janvier, au terme de la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens. François présidera l’office à 17h30, en la Basilique Saint-Paul-hors-les-Murs.

Dans la Basilique papale dédiée à l’“Apôtre des nations” sont arrivées ce 17 janvier les reliques de l’un de ses plus proches disciples et compagnon de voyage et de captivité: saint Timothée d’Éphèse, que Paul appelle «mon enfant bien-aimé», lui prodiguant de nombreux conseils, priant pour lui et lui accordant sa confiance. Les reliques de saint Timothée sont d’ordinaires conservées dans la cathédrale de Termoli (province de Campobasso, sur la côte adriatique italienne). Le 26 janvier, elles rejoindront la Basilique Saint-Pierre où le Pape célèbre la messe à l’occasion du Dimanche de la Parole de Dieu. Une présence significative: l’exemple de Timothée, à qui saint Paul a dédié deux de ses épitres, encouragera certainement les fidèles à se tourner eux aussi vers la Sainte Écriture.  

Source.

Semaine de l'unité : le Pape exhorte les chrétiens à se faire "messagers d'humanité".

publié le 18 janv. 2020 à 09:29 par Président ACOS   [ mis à jour : 18 janv. 2020 à 09:49 ]

18-01-2020 - À la veille de l’ouverture de la semaine de prière pour l’Unité des chrétiens, le Pape François a reçu une délégation œcuménique de l’Église luthérienne de Finlande, venue à Rome à l’occasion de la fête de Saint Henri (XIIe siècle).

Saint Henri, saint patron du pays scandinave dont il fut l’évangélisateur, est vénéré autant par les catholiques que par les luthériens. Chaque année, à l’occasion de sa fête (19 janvier), un pèlerinage œcuménique est organisé jusqu’à Rome. La délégation pèlerine a donc été reçue, cette fois-ci encore, par le Pape François au Vatican.

Dans son petit discours, le Saint-Père a insisté sur le témoignage de foi que peuvent donner les chrétiens, indépendamment de leur confession, notamment à travers l’hospitalité. «La semaine de prière pour l’Unité nous indique cette vertu œcuménique, et surtout nous la recommande» a-t-il affirmé, se référant au thème choisi pour cette événement, «ils nous ont témoigné une humanité peu ordinaire» (Actes 28,2) ; cette phrase est de l’apôtre Paul, dont le bateau en route pour Rome fit naufrage au large des côtes de Malte. Ses compagnons d’infortune et lui furent accueillis chaleureusement par les habitants de l’île.

Comme chrétiens baptisés, nous croyons que le Christ veut nous rencontrer au travers de ces personnes qui ont fait naufrage dans leur vie, au sens propre comme au sens figuré. Celui qui offre l’hospitalité  ne devient pas plus pauvre, mais plus riche. Celui qui donne, reçoit à son tour. En effet, l’humanité que nous montrons aux autres nous rend, d’une façon mystérieuse, participants de la bonté de Dieu fait homme». De là, l’exhortation du Pape à se faire «messagers d’humanité».

Le chrétien est une personne qui peut rendre grâce pour son baptême. «Cette gratitude élargit le cœur, l’ouvre au prochain qui n’est pas un adversaire mais un frère bien aimé, une sœur bien-aimée». La communauté de tous les baptisés n’est pas un «être les uns à côté des autres » et sûrement pas un «êtres les uns contre les autres», mais veut devenir toujours  un «être ensemble» que l’œcuménisme spirituel et le dialogue œcuménique servent à approfondir. 

Source.

Un Evêque catholique italien omet la récitation du Credo pendant la Messe de l'Epiphanie.

publié le 16 janv. 2020 à 02:57 par Président ACOS   [ mis à jour : 16 janv. 2020 à 03:08 ]

14-01-2020 - L'évêque de Pinerolo omet le Credo à la Messe de l'Epiphanie: une opinion orthodoxe.

"En tant que curé de paroisse orthodoxe, j'ai été invité à maintes reprises à des messes catholiques (comme, je pense, la plupart des religieux orthodoxes vivant en Italie),..."

La nouvelle que je voudrais commenter, rapportée ces derniers jours par des sources de la presse catholique traditionnelle, est la suivante:

L'évêque de Pinerolo, Mgr. Derio Olivero, a omis la récitation du Credo lors de la messe de l'après-midi du 6 janvier 2020, une fonction qu'il a appelée "Messe des peuples", à laquelle les autorités civiles et les représentants d'autres confessions avaient été invités. La demande de réciter le Credo en silence s'explique par la présence de non-catholiques à la messe, avec une mention spécifique des Vaudois et des orthodoxes.

Le fait, comme c'était prévisible, a suscité un débat considérable, que je laisse pour la plupart aux catholiques qui, à divers titres, se sont sentis offensés ou trahis par l'un de leurs évêques.

Le seul aspect qui me pousse à émettre un avis est la mention de la présence des orthodoxes comme cause de ce geste.

En tant que curé de paroisse orthodoxe, j'ai été invité à maintes reprises à des messes catholiques (comme, je pense, la plupart des religieux orthodoxes vivant en Italie), et chaque fois que j'ai accepté cette invitation (où la bonne foi et le désir de dialogue et fraternité), il ne m'est jamais venu à l'esprit de demander, ni même de désirer, l'omission du Credo.

À un moment précis, Mgr. Olivero a sacrément raison: le credo de l'Église orthodoxe est différent de celui qu'il récite lui-même. Laissant de côté toutes les questions de subtilité de la traduction (sur lesquelles les linguistes et les exégètes peuvent être scannés les uns les autres, mais qui ne sont pas contraignants au niveau ecclésial), le credo orthodoxe a en fait deux différences, l'une marginale et relativement négligeable, et vraiment sérieuse et essentiel, à tel point qu'il a été l'une des raisons du schisme entre l'Est et l'Ouest.

- La diversité mineure est l'expression initiale "Dieu de Dieu", qui apparaît dans le credo du Concile de Nicée (325 AD), mais qui est omise du Concile de Constantinople (381 AD), qui ne laisse que les expressions "lumière de lumière" , Vrai Dieu du vrai Dieu ". Évidemment, c'est une simple répétition, et il n'y a rien de dogmatique à l'omettre ou à la réintroduire ... sauf qu'on ne peut plus dire qu'en la réintroduisant que le "Credo de Nicée-Constantinopolitain" est récité (peut-être le credo doit être défini comme "Nicene-Constantinopolitan-re-Niceneized").

- La plus grande diversité (et la seule qui puisse vraiment créer des difficultés) est le Filioque , sur lequel je ne veux pas m'attarder, postulant comme un axiome que quiconque travaille dans le dialogue entre catholiques et orthodoxes sans connaître le thème du Filioque devrait l'apprendre le plus tôt possible ou changer métier. La particularité intéressante est que l'Église catholique permet à une minorité, les catholiques orientaux, de réciter le credo sans filioque , et ce fait doit également être pris en considération.

Or, d'un point de vue orthodoxe (étant donné que les orthodoxes ont été remis en cause), voici la manière dont l'évêque de Pinerolo aurait pu traiter le thème épineux du Credo pour vraiment offrir une main tendue au dialogue, sans aucune compromis:

1) Il aurait pu annoncer qu'il y a des chrétiens qui récitent le credo d'une manière différente, et tout en reconnaissant la présence de ces chrétiens, faire réciter aux fidèles le credo auquel ils sont habitués "parce que c'est ce qui leur a été transmis". Pas besoin de changements inhabituels, le plus grand respect, et en fait un gain d'estime considérable pour les orthodoxes, qui sont loin d'être insensibles à des expressions telles que "faire ce qui a été transmis".

2) Si un changement devait vraiment être fait, l'évêque pourrait annoncer une récitation du Credo sans le Filioque "comme le font les catholiques orientaux" (qui, il faut le rappeler, sont présents avec leurs fonctions également dans le diocèse de Pinerolo). Encore une fois, un maximum de respect de la part des orthodoxes, et bien que je ne puisse pas faire de commentaires du côté vaudois, je pense qu'ils ne se soucieraient pas qu'un évêque catholique reconnaisse publiquement l'existence d'une minorité ...

Mgr Olivero est le chef de la Commission œcuménique du Piémont, et en tant que tel, nous serions heureux de le consulter AVANT qu'il décide de prendre des initiatives comme celle-ci, qui risquent de nuire au dialogue œcuménique, créant un désespoir inutile chez de nombreux fidèles catholiques. Tout comme moi, dans le cadre modeste d'une paroisse orthodoxe, j'ai pu proposer deux propositions alternatives au geste du 6 janvier, je suis plus que convaincu qu'une consultation précédente pourrait servir à désamorcer d'autres mines errantes dans l'avenir de notre parcours de dialogue et de recherche de communion mutuelle.

Source : Posté par l'Higoumène Ambroise sur le site "Parlons d'Orthodoxie.

Le nouveau patriarche arménien de Constantinople a été intronisé.

publié le 16 janv. 2020 à 02:40 par Président ACOS   [ mis à jour : 16 janv. 2020 à 02:40 ]

16-01-2020 - Sa Béatitude Sahak II avait été élu le 11 décembre 2019. La cérémonie d’intronisation a eu lieu le samedi 11 janvier en la cathédrale arménienne de la Sainte Mère de Dieu, à Istanbul.

Le Saint-Siège était représenté par une délégation composée de trois personnes : Mgr Rubén Tierrablanca Gonzalez, vicaire apostolique d’Istanbul et président de la Conférence épiscopale de Turquie, Mgr Luis Miguel Munoz Cardaba, chargé d’affaires de la nonciature apostolique en Turquie, et le père Hyacinthe Destivelle, official de la Section orientale du Conseil pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens.

À la fin de la cérémonie,  Mgr Rubén Tierrablanca Gonzalez a lu le message de vœux du Pape François et a remis au nouveau patriarche le don du Saint-Père, une croix pectorale. Dans son discours au nom de la délégation, il a évoqué les visites de saint Paul VI, de saint Jean-Paul II, du Pape Benoît XVI et du Pape François au siège du Patriarcat arménien d’Istanbul, comme aussi les visites à Rome du prédécesseur du Patriarche Sahak II, Sa Béatitude Mesrob II.

Le père Destivelle a transmis au nouveau patriarche les vœux du cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la Promotion de l’Unité des chrétiens, qui lui avait déjà fait parvenir un message au moment de son élection.

Parmi les autres responsables religieux présents figuraient notamment le patriarche œcuménique de Constantinople, Sa Sainteté Bartholomée 1er, et Mgr Levon Boghos Zekiyan, archevêque d’Istanbul pour les Arméniens catholiques.

Une succession délicate

Sa Béatitude Sahak II a été élu patriarche au terme d’une décennie difficile pour le Patriarcat arménien de Constantinople, qui exerce sa juridiction sur la petite minorité arménienne qui subsiste à Turquie, soit 50 à 80 000 fidèles qui vivent essentiellement à Istanbul. Son prédécesseur Mesrob II avait en effet été diagnostiqué comme atteint de la maladie d’Alzheimer en 2008, alors qu’il n’avait que 53 ans. Son état de santé s’est rapidement dégradé, au point de le rendre incapable d’exercer ses fonctions. Lors de la visite du Pape François à son chevet, en 2014, il était déjà hospitalisé, à l'état végétatif.

Un “locum tenens”, c’est-à-dire un administrateur patriarcal par intérim exerçant de facto les fonctions du patriarche sans en prendre le titre, avait été nommé en 2010, puis Mesrob II avait été mis formellement à la retraite en 2016. Mais c’est seulement son décès, le 8 mars 2019, qui a permis de mettre en place le processus d’élection de son successeur, dans un contexte de relations difficiles avec l’État turc, qui exerce un contrôle politique strict sur les minorités religieuses.

Sahak II, né en Turquie en 1962 et ancien recteur de l’académie de théologie d’Etchmiadzine, en Arménie, a fait figure de candidat de compromis pour tenter de maintenir un équilibre entre la communion avec l’Église apostolique arménienne et les contraintes politiques de la minorité arménienne de Turquie.

Source

La semaine de prière pour l'unité des chrétiens 2020.

publié le 8 janv. 2020 à 03:04 par Président ACOS   [ mis à jour : 16 janv. 2020 à 02:37 ]

La semaine de prière pour l'unité des chrétiens commence le 18 janvier, fête de St-Pierre à Rome et finit le 25 janvier, fête de la conversion de St Paul. Cette année le thème "une humanité peu ordinaire" (extrait de Ac28,2) est préparé par les chrétiens de Malte et Gozo.

Une conférence « L’œcuménisme de l’abbé Couturier à nos jours » sera donnée par Anne-Noëlle Clément, le vendredi 17 janvier à 18h30 à la villa Maguelone (31 ter av St Lazare à Montpellier).

Cette conférence est organisée par le service diocésain de l’Unité, en lien avec l’église protestante unie de Montpellier Agglomération et la paroisse Sainte Philotée (orthodoxes grecs) aura pour thème.

RCF - Présentée par José Fornairon  



Le patriarche Cyrille admet une introduction partielle du russe dans les offices divins.

publié le 25 déc. 2019 à 23:16 par Président ACOS   [ mis à jour : 28 déc. 2019 à 09:22 ]

Moscou, 20 décembre 2019 — RIA Novosti. Le patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie admet officiellement la lecture, au cours des offices divins, de certains textes en langue russe contemporaine, alors que dans la majorité des lieux de culte de l’Église orthodoxe russe les offices sont célébrés exclusivement en slavon.

Ce vendredi, au cours de l’assemblée diocésaine de Moscou qui s’est tenue dans l’église du Christ Sauveur, le patriarche Cyrille a déclaré :

« J’estime que, là où les fidèles y sont prêts, la lecture des Apôtres et de l’Écriture sainte dont le texte est difficilement compréhensible soit faite en russe. Ce peut être aussi le cas de la lecture des Évangiles lors des offices célébrés à la demande des paroissiens (treby) ou de la lecture du texte complet des quatre Évangiles durant la Semaine sainte, lecture qui dans la pratique se répartit sur toute la durée du grand carême. »

Et le Patriarche ajoute que dans ce domaine, les recteurs doivent être attentifs aux souhaits de leur paroisse, car « si là l’introduction du russe peut être accueillie avec reconnaissance, dans une autre paroisse elle serait avec désagrément comme rupture avec une habitude millénaire. […] Il convient de garder à l’esprit que le but du prêtre n’est pas de réaliser ce qui lui paraît théoriquement juste, mais d’aider ses paroissiens multiplier leur amour pour les offices divins. » Enfin, le patriarche ajoute que « l’idée de traduite tout l’office divin en russe contemporain, de raccourcir ses parties dépendant des fêtes du jour et autres propositions semblables ne seraient d’aucune utilité. »

Aujourd’hui, le slavon est la langue liturgique officielle de l’Église orthodoxe russe. Dans d’autres Églises orthodoxes (Pologne, Serbie, Bulgarie etc…) les célébrations dans les langues locales sont acceptée.

Source.


Le patriarche de Moscou, Cyrille, appelle le clergé à ne pas faire de la confession un interrogatoire

publié le 25 déc. 2019 à 14:11 par Président ACOS   [ mis à jour : 26 déc. 2019 à 22:44 ]

Le patriarche appelle le clergé à faire preuve de tact et de modestie à l'égard de ceux qui viennent se confesser:

"La confession a un seul but, celui de réconcilier le pêcheur avec le Seigneur. Il est inadmissible d'en faire un moyen d’investigation ou de contrôle, de la considérer comme une sorte de psychothérapie.

En recevant une confession le prêtre doit mettre entre parenthèses ses fonctions de moniteur, de guide, d'ami et d'interlocuteur. Il  ne doit être que le témoin de la repentance. La confession ne doit pas devenir l'objet de la curiosité du prêtre à l'égard de la vie d'autrui. Certains estiment qu'il ne devrait y avoir aucun tabou  lors de la confession.

Or, ces interdits existent, cela concerne surtout l'union conjugale, la vie intime du couple. Personne ne peut s'immiscer brutalement dans ce domaine. Une telle ingérence ne pourrait être que dommageable et n'est d'aucune utilité". 

Le patriarche rappelle au clergé que les confesseurs ne doivent en aucun cas s'imposer aux fidèles en tant que guides de vie. "On ne saurait  déverser à tout venant des flots de paroles et d’exhortations tout en s'écoutant parler. Le confesseur doit savoir écouter et comprendre le fidèle. Malheureusement cette faculté se perd de nos jours". 

Source.

Vers l'unité de l'Eglise en Orient et en Occident.

publié le 22 déc. 2019 à 07:45 par Président ACOS   [ mis à jour : 29 déc. 2019 à 13:15 ]

Chambésy (Suisse), 16-12-2019 - Cardinal Kurt Koch - Force est de constater qu’au cours des deux mille ans d'histoire du christianisme se sont produites de nombreuses divisions de caractères différents. Nous pouvons cependant distinguer deux types fondamentaux de divisions, à savoir d’une part le grand schisme dans l’Église entre Orient et Occident au XIème siècle, et de l’autre la division dans l’Église d’Occident au XVIème siècle. Dans son décret sur l'œcuménisme, le Concile Vatican II parle de « deux sortes de scissions principales, qui ont affecté la tunique sans couture du Christ. Les premières eurent lieu en Orient », poursuit-il, « soit du fait de la contestation des formules dogmatiques des Conciles d’Éphèse et de Chalcédoine, soit, plus tard, du fait de la rupture de la communion ecclésiale entre les patriarcats orientaux et le Siège romain » [1]. 

1. Surmonter les premières divisions dans l’Église après le Concile de Chalcedoine

En effectuant cette distinction, le Concile se réfère à un événement historique, à savoir qu'avant le grand schisme dans l'Église entre l'Orient et l'Occident survenu au XIe siècle, dès les IVe et Ve siècles, les premières divisions de l'histoire dans la chrétienté apparurent en Orient car certaines communautés ecclésiales ayant refusé d’accepter les décisions doctrinales christologiques des Conciles d'Éphèse et surtout de Chalcédoine en 451 se séparèrent de l'Église de l’Empire. Ces Églises orthodoxes orientales comprennent l’Église copte orthodoxe d’Égypte, le Patriarcat de l’Église apostolique arménienne dont le siège est à Echmiadzine et le Catholicosat d’Antelias, le Patriarcat syro-orthodoxe d'Antioche et de tout l'Orient – y compris l’Église malankare syro-orthodoxe –, l’Église orthodoxe Tewahedo d'Éthiopie et l’Église orthodoxe d'Érythrée, enfin Église malankare orthodoxe syriaque.[2] Ces Églises n'ayant pas accepté le Concile de Chalcédoine, quatrième Concile œcuménique, elles sont soit appelées « Églises des trois premiers Conciles œcuméniques » ou bien l’on effectue une distinction entre les Églises chalcédoniennes, auxquelles appartiennent les Églises orthodoxes, l’Église catholique et les Communautés ecclésiales issues de la Réforme, et les Églises non chalcédoniennes.[3]

Compte tenu de l’époque, il n’est pas facile de distinguer – ni même de séparer – la responsabilité religieuse de l’Église de la politique impériale, raison pour laquelle des motivations politiques dans les divisions dans l’Église au Ve siècle ont certainement joué un rôle non négligeable. Toutefois, le motif théologique à l’origine de ces divisions fut la dispute autour de la formulation adéquate de la confession christologique. Après un long affrontement théologique, le Concile de Chalcédoine décida que Jésus Christ, vrai Dieu et vrai homme, est une personne en deux natures « sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation ». Les églises préchalcédoniennes ont compris que cette formule des « deux natures » signifiait que le Concile parlait de deux sujets en Christ et présentait donc une doctrine identifiant deux fils. Afin de surmonter une telle hérésie, ils restèrent fidèles à la conviction de foi, particulièrement ancrée à Alexandrie, selon laquelle la nature divine unique avait pris chair en Jésus de Nazareth, et soulignèrent par la suite qu’il n'existe pas deux natures en Christ mais une seule. Ce qu’il convenait de comprendre par ces formules dyophysites et miaphysites et les questions qui leur étaient sous-jacentes, à savoir ce que l’on entendait plus exactement par nature, hypostasis, prosopon et persona, fut l’objet de débats acharnés qui finalement conduisirent à des divisions dans l’Église.

Ces divisions du Ve siècle portant sur la confession christologique, l’objet du débat était donc le cœur même de la foi chrétienne.[4] On comprend donc aisément qu’au début les conversations œcuméniques entre l’Église catholique et les Églises orthodoxes orientales aient principalement porté sur des questions christologiques. Les dialogues théologiques ont abouti à la conclusion encourageante que les débats christologiques susmentionnés reposaient essentiellement sur un problème de langage, dans le sens que l’on a employé des concepts philosophiques et théologiques de la personne et de la nature différents mais que l’on voulait, en définitive, témoigner de la même foi ecclésiale en Christ.[5] Déjà en 1971, la première consultation de Pro-Oriente à Vienne, à laquelle participèrent des représentants des Églises orthodoxes orientales, et qui s’était donné pour tâche de traiter le grand conflit suscité par le Concile de Chalcédoine et d’analyser ainsi ce lourd passé, déboucha sur un large consensus sur la foi en Christ et la constatation que la terminologie théologique comprenait des différences. Ce consensus fut exprimé par ce que l’on appela, par la suite, la « Formule christologique de Vienne », dans laquelle l'unité de la divinité et de l'humanité en Jésus Christ et leurs différences ont été clairement consignées, sans recourir aux termes techniques controversés de « physis », « hypostasis » et « prosopon » employés dans le passé.[6]

Ces importants travaux œcuméniques préliminaires ont préparé et rendu possibles les dialogues officiels ultérieurs et les déclarations christologiques qui furent ensuite signées par l'Évêque de Rome et des chefs de diverses Églises orthodoxes orientales, et dont la première fut celle avec l’Église syro-orthodoxe . En 1971 déjà, le Pape Paul VI et le Patriarche syro-orthodoxe d'Antioche, Mar Ignatius Yacoub III, affirmaient dans leur déclaration commune « qu’il n’y a pas de différences dans la foi qu’ils professent, concernant le mystère du Verbe de Dieu, fait chair et devenu réellement homme même si, au cours des siècles, des difficultés ont surgi des différentes expressions théologiques par lesquelles cette foi était exprimée »[7]. Cette conformité dans la confession christologique a été réaffirmée en 1984 par le Pape Jean-Paul II et le Patriarche syro-orthodoxe d'Antioche et de tout l'Orient, Ignatius Zakka I Iwas. Dans leur déclaration commune, ils ont souligné qu’aujourd’hui « il n’y a pas de fondement réel aux tristes divisions et schismes qui se sont produits par la suite entre les deux Églises en ce qui concerne la doctrine de l’Incarnation. En paroles et en actes, ils confessent la vraie doctrine au sujet du Christ Notre Seigneur en dépit des différences dans l’interprétation de cette doctrine qui ont eu lieu au temps du Concile de Chalcédoine ».[8] S’appuyant sur cette déclaration commune, les deux chefs d’Église ont signé un accord pastoral permettant la réception réciproque des sacrements de pénitence, de l’Eucharistie et de l'onction des malades dans des situations d’urgence.[9] Cet accord mérite qu’on le qualifie d’ « historique » car, pour la première fois dans l’histoire, malgré la persistante division  dans l’Église, une communicatio in sacris limitée entre les deux Églises a été autorisée.

Plusieurs pontifes romains ont également signé avec d’autres chefs d’Églises des déclarations communes sur les différences christologiques et leur résolution grâce aux dialogues œcuméniques. On se souvient  en particulier de la déclaration commune du Pape Paul VI et du Patriarche copte orthodoxe Shenouda III en 1971[10], de la déclaration commune du Pape Jean-Paul II et du Patriarche suprême et Catholicos de tous les Arméniens, Karékine I, en 1996[11], et de la déclaration commune du Pape Jean-Paul II et du Catholicos Aram I de Cilicie, en 1997[12]. 1500 ans après le Concile de Chalcédoine, ces déclarations communes ont permis de résoudre les différences christologiques entre l'Église catholique et les Églises orthodoxes orientales.

Nous pouvons donc constater avec gratitude qu’un certain nombre de déclarations christologiques bilatérales ont été signées entre l’Église catholique et les Églises orthodoxes orientales. En même temps, il est à noter qu'il n'existe toujours pas de déclaration christologique pouvant s'appliquer à l'ensemble de la famille des Églises orthodoxes orientales et que la question christologique n’est pas encore à l'ordre du jour de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l'Église catholique et les Églises orthodoxes orientales, qui a pu commencer son activité en 2003 en s’appuyant sur les travaux théologiques réalisés jusqu’à cette date. Depuis, elle a adopté deux documents.

Le premier intitulé « Nature, constitution et mission de l'Église »[13], mit en évidence qu un vaste consensus existait sur les principes ecclésiologiques fondamentaux tels que le mystère de l'Église, le ministère épiscopal dans la succession apostolique, la synodalité, c’est-à-dire la collégialité et la primauté, ainsi que la mission de l'Église ; sont ensuite énumérés les sujets qui nécessitent une étude plus approfondie. Le second, publié en 2015 et intitulé « L’exercice de la communion dans la vie de l'Église primitive et ses répercussions sur notre quête de la communion aujourd'hui » analyse la nature des relations qui existaient entre les Églises dans la période précédant les divisions du Vsiècle et reposaient sur le fondement de leur conviction commune, à savoir qu'elles partageaient la même foi. Cette étude montre que la pleine communion entre les Églises se manifestait dans les six domaines suivants : échange de lettres et de visites, synodes et conciles pour résoudre les problèmes de doctrine et de discipline, prières et autres pratiques liturgiques, vénération des saints et des martyrs communs, développement du monachisme dans toutes les Églises et pèlerinages à des sanctuaires de différentes Églises. Dans sa troisième phase, la Commission a entrepris de traiter principalement des questions de théologie des sacrements, pour pouvoir ensuite revenir sur les problèmes ecclésiologiques et surtout sur la question de la primauté de l’Évêque de Rome, avec comme objectif de surmonter la division et d’accomplir un pas essentiel sur le chemin conduisant à la communion eucharistique.

Enfin, il convient de mentionner que l’Église assyrienne de l’Orient a suivi son propre chemin, dans la mesure où elle a seulement reconnu le Concile de Nicée en 325 et celui de Constantinople en 381, mais pas le Concile d’Éphèse de 431, et où elle estime comme injustifiée la condamnation de Nestorius prononcée à ce concile. Étant donné que les Églises orthodoxes orientales la considèrent comme une Église « nestorienne » n’appartenant pas à leur communauté ecclésiale, l'Église catholique conduit avec elle son propre dialogue bilatéral sur la base de la déclaration christologique de 1994 du Pape Jean-Paul II et du Patriarche Catholicos Mar Dinkha IV. Dans ce document sont exprimés des regrets au sujet des querelles du passé ayant conduit à des anathèmes. Il y est reconnu que les divisions qui en résultèrent reposaient « en bonne partie sur des malentendus ». Il y est également constaté que « nous pouvons aujourd'hui nous retrouver unis dans la confession d'une même foi au Fils de Dieu qui s'est fait homme pour que les hommes puissent devenir enfants de Dieu par sa grâce »[14]. Suite à cette déclaration christologique, la Commission a préparé un document commun sur les sacrements, signé en 2017 et intitulé « Déclaration commune sur la ‘vie sacramentelle’ ». Dans la nouvelle phase de dialogue qui a ensuite débuté, la Commission a décidé de travailler sur les qualités essentielles de l'Église en termes d'héritage liturgique, biblique et patristique de l'Église d'Orient.

2. Surmonter le grand schisme entre l’Orient et l’Occident

Venons-en donc au grand schisme dans l’Église entre Orient et Occident, généralement lié à l’année 1054, lorsque furent prononcées les excommunications mutuelles entre Rome et Constantinople. Certes, il s’agit moins d’une date historique que symbolique. En effet, dans la chrétienté occidentale et orientale, dès les premiers temps l'Évangile de Jésus Christ a été reçu de manière différente, il a été vécu et transmis dans des traditions et des formes culturelles diverses. Au premier millénaire, les communautés ecclésiales en Orient et en Occident ont vécu avec ces différences dans l’Église une. Elles se sont cependant éloignées toujours davantage les unes des autres et se sont de moins en moins comprises.[15] Ce sont avant tout des modes de compréhension différents et des spiritualités différentes qui en grande partie ont causé la division dans l'Église, comme le Cardinal Walter Kasper l'a déclaré à juste titre : « Les chrétiens n’ont pas été fondamentalement en désaccord et ne se sont pas querellés au sujet de formules doctrinales divergentes, mais ils ont vécu séparés les uns des autres. »[16]

Au cours de cet éloignement croissant, différentes approches théologiques ont certainement aussi joué un rôle, ce qui par la suite a conduit à la grande controverse au sujet de ce que l’on appelle le ‘Filioque’, c’est-à-dire la profession affirmant que le Saint-Esprit procède du Père ou, comme l'ont dit les Latins, du Père et du Fils. Toutefois même cette différence n’a pas constitué initialement un conflit majeur, comme en témoignent non seulement l'utilisation de cette formule par l'Évêque milanais Ambroise, qui n'a pas choqué en Orient, mais aussi la déclaration de Maxime le Confesseur au VIIe siècle, qui a défendu l’usage de l’expression latine et l’a même déclarée compatible avec le point de vue grec. À cet égard, des recherches ont montré qu'une grande partie de la violente controverse qui s’en est suivi était due à une question de langage et que l'ajout de ‘Filioque’ à l'arrière-plan de la pensée théologique occidentale doit être également compris comme son évitement à l'horizon de la pensée orientale.[17] Plus tard cependant, lorsqu’il devint impossible de se comprendre réciproquement, les différentes conceptions théologiques sont devenues l’occasion de polémiques et la question du ‘Filioque’ a été considérée comme la plus importante raison du schisme qui allait avoir lieu dans l’Église. Bien entendu, il ne faut pas oublier que l'orientation de la politique ecclésiale a également joué un rôle décisif dans l'éloignement mutuel entre Orient et Occident, comme en particulier la sollicitude de la papauté vis-à-vis de l'empire carolingien qui en définitive conduisit au morcellement de l'œkoumène de l’époque.

a) Du dialogue de la charité au dialogue de la vérité

Compte tenu des processus historiques d’éloignement qui se sont encore aggravés après la division au deuxième millénaire, on peut estimer qu’un pas important a été accompli quand au cours de la seconde moitié du XXsiècle, d’intenses efforts ont été déployés pour la compréhension et la réconciliation dans l'Église entre l’Orient et l’Occident. Ils ont commencé, il y a plus de cinquante ans, avec la rencontre historique entre le Patriarche œcuménique Athénagoras de Constantinople et l'Évêque de Rome, le Pape Paul VI, les 5 et 6 janvier 1964 à Jérusalem. La proclamation réciproque de leur volonté de rétablir l’amour entre les deux Églises, scellée par un baiser fraternel, demeure à nos yeux une icône durable de la volonté de réconciliation et – l’agape et le baiser fraternel représentant le terme ainsi que le rite de l’unité eucharistique – d’unité dans la communion eucharistique, qui doit être le but de notre chemin commun. Car là où l’agape est donnée comme une réalité ecclésiale sérieuse, pour être crédible, elle doit également devenir une agape eucharistique. Telle était l'intention du Patriarche Athénagoras et du Pape Paul VI, qui ont vu dans les événements à Jérusalem l'aube d'un nouveau jour où les générations futures, par la participation au même corps et au même sang du Christ, loueront ensemble l'unique Seigneur.[18]

La mémorable rencontre à Jérusalem a servi à préparer l’événement historique du 7 décembre 1965, lorsque dans l’église patriarcale Saint-Georges au Phanar, à Constantinople, et dans la basilique Saint-Pierre à Rome, les plus hauts représentants des deux Églises ont « enlevé de la mémoire et du milieu de l’Église » les anathèmes réciproques de 1054, comme on peut lire dans leur déclaration commune, afin qu’ils ne puissent plus être « un obstacle au rapprochement dans la charité »[19]. En vouant ainsi les événements de 1054 à l'oubli, il était déclaré qu'ils n'avaient plus d’importance pour les Églises au niveau officiel. Par cet acte, le poison de l'excommunication était retiré de l'organisme de l'Église et le  "Symbole de la division" était remplacé par le "Symbole de l'amour" : « La relation ‘d’amour refroidi, ‘d’oppositions réciproques, de méfiance et d’antagonismes’ fut remplacée par une relation d'amour, de fraternité, dont le symbole est l’échange du baiser fraternel ».[20]

Ces actes sont devenus le point de départ du dialogue œcuménique de la charité et ont permis de franchir une première étape dans ce domaine. Aujourd’hui aussi, celui-ci doit être approfondi et il devra être poursuivi dans l’avenir. Il nécessite cependant qu’ait également lieu le dialogue de la vérité, à savoir que soient traitées minutieusement au niveau théologique les différences qui nous séparent dans la compréhension de la foi afin de permettre la communion ecclésiale et eucharistique. Le dialogue de la charité et le dialogue de la vérité vont de pair, tout comme l'amour et la vérité ne peuvent être séparés. Bien entendu, le dialogue de la charité et le dialogue de la vérité ne peuvent pas simplement être conçus comme deux étapes successives. Le dialogue de la vérité ne peut être entrepris sans le dialogue de la charité qui en est la condition essentielle. Mais il s’agit d’un début qu’on ne pourra jamais laisser derrière nous, mais plutôt un début qui devra, pour ainsi dire, aller de l’avant et constamment accompagner le dialogue de la vérité, comme nous l’apprenons avant tout à travers la belle tradition des visites réciproques entre l’Église de Constantinople et l’Église de Rome lors des fêtes de leurs saint patrons respectifs ou en des circonstances particulièrement importantes. Il est notoire que les papes ont désormais coutume de se rendre au Phanar à Constantinople pour rendre visite au patriarche œcuménique peu après le début de leur pontificat ; à l’inverse, nous avons assisté à un beau signe d’une amitié arrivée à maturité et même à ce qui doit être considéré comme une « première » dans les relations œcuméniques entre Rome et Constantinople, lorsque pour l’inauguration du pontificat du Pape François, le Patriarche œcuménique Bartholomée I s’est rendu à Rome. Un tel dialogue de la charité est le cadre vital dans lequel le dialogue de la vérité peut s'épanouir, sujet que nous allons maintenant aborder.

b) Devenir un dans la foi commune et le problème irrésolu de l'uniatisme

L’étude théologique des questions sources de controverses héritées du passé revient à la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Églises catholique et l’Église orthodoxe dans son ensemble, dont sont membres quatorze églises orthodoxes autocéphales ou autonomes, à l'exception de celle de Bulgarie. Le dialogue théologique de la vérité s’appuie sur l’heureuse constatation que l’Église catholique et les Églises orthodoxes ont en commun une vaste base commune de convictions religieuses et que les deux Églises ont conservé cette structure de base qui s’est formée à partir du IIe siècle, à savoir la structure sacramentelle eucharistique de l’Église et la structure épiscopale dans le sens que, dans les deux Églises, l'unité dans l’eucharistie et le ministère épiscopal au service de l'unité sont considérés comme constitutifs pour être Église. Le Pape Benoît XVI a rappelé cette grande similitude en termes très clairs : « Parmi les Églises et les communautés chrétiennes, l’Orthodoxie est, sans doute, théologiquement la plus proche de nous ; catholiques et orthodoxes ont conservé la même structure de l’Église des origines ; en ce sens, nous sommes toutes l’Église des origines’ qui, toutefois, est toujours présente et nouvelle. »[21]

Étant donné cette situation initiale favorable, on comprendra que le dialogue œcuménique entre les Églises orthodoxes et l'Église catholique a tout d’abord pu concentrer ses efforts sur la consolidation du fondement commun de la foi.[22] Le Patriarche œcuménique Dimitrios I et le Pape Jean-Paul II ont proclamé l’ouverture du dialogue théologique en 1979, à l'occasion de la première visite de ce dernier au Phanar pour la fête de saint André. Ils ont déclaré que le but de ce dialogue théologique devrait être « non seulement de progresser vers le rétablissement de la pleine communion entre les Églises-sœurs catholique et orthodoxe, mais encore de contribuer aux dialogues multiples qui se développent dans le monde chrétien à la recherche de son unité. »[23] Les deux premières séances plénières de la Commission mixte internationale à Pathmos et Rhodes en 1980 ont ensuite servi à préparer le dialogue tant au niveau de la méthodologie à suivre que des domaines thématiques qui devaient être abordés au cours de la première phase du dialogue.

Au cours de la première décennie du dialogue, de 1980 à 1990, ont été identifiées entre les théologies orthodoxe et catholique de larges convergences sur des questions fondamentales de la foi et d'importants thèmes théologiques. En 1982 à Munich, la rencontre plénière de la Commission a débuté par la question fondamentale de la compréhension théologique de l’Église. Cette réunion est à l’origine du document désigné depuis lors comme « Texte de Munich » et qui porte le titre « Le mystère de l’Église et de l’Eucharistie à la lumière du mystère de la Sainte Trinité ».[24] Ce texte explique que l'Église comme mystère d'unité est édifiée selon le modèle de la communion de la Trinité Divine et qu'elle s’accomplit avant tout dans la célébration de l'Eucharistie. Les rencontres plénières suivantes de 1984 à La Canée, en Crète, et de 1987 à Bari, en Italie, ont porté sur le thème « Foi, sacrements et unité de l'Église ». Elles ont publié un document portant le même titre[25] dans lequel il est souligné que sans communion dans la foi, on ne peut pas vivre la communion sacramentelle. En 1988, la rencontre plénière à Valamo en Finlande a porté sur la signification théologique et la mission du ministère ordonné dans l’Église et un important document a été publié : « Le sacrement de l’ordre dans la structure sacramentelle de l’Église, en particulier l’importance de la succession apostolique pour la sanctification et l'unité du peuple de Dieu »[26]. Avec le document de Valamo, il était suggéré que le dialogue œcuménique devrait porter désormais sur le thème de la primauté, notamment celle de l'Évêque de Rome; il fut également projeté que la Commission, lors de sa prochaine rencontre plénière à Freising en 1990, devrait en un premier temps axer sa réflexion sur les conséquences théologiques et canoniques de la nature sacramentelle de l'Église et, surtout, sur la question des relations mutuelles entre autorité et conciliarité dans l'Église.

L’objectif n’a cependant pas été atteint car dans la seconde décennie des années 1990 à 2000, les conversations œcuméniques sont devenues de plus en plus difficiles et le dialogue théologique s’est presque arrêté. Le nouveau contexte issu des changements politiques de 1989 en était une des principales raisons et ne simplifiait donc pas le dialogue œcuménique, mais au contraire le compliquait. En effet, les changements politiques survenus en Europe de l'Est ont permis aux Églises catholiques orientales, principalement en Ukraine, Transylvanie et Roumanie où elles furent brutalement persécutées pendant la dictature stalinienne et contraintes à être intégrées dans l'Église orthodoxe, de quitter les catacombes et de retourner à la vie publique. Du côté orthodoxe, ces événements ont ravivé les anciennes polémiques concernant l’uniatisme et le prosélytisme, ce qui a considérablement pesé sur l’atmosphère du dialogue et conduit à une modification de l’ordre du jour œcuménique. De ce fait, au cours de la deuxième décennie, le dialogue œcuménique s'est davantage concentré sur les problèmes de l’uniatisme et du prosélytisme qui, pour les orthodoxes, constituaient le plus grand danger pour le dialogue œcuménique.

Face à cette difficile situation, on a néanmoins espéré trouver une solution au problème de l'uniatisme lors de la rencontre plénière de la Commission à Balamand (Liban), en 1993. Le document adopté, « L’uniatisme, méthode d'union du passé et recherche actuelle de la pleine communion »[27], affirmait que, d'une part, l'uniatisme ne peut être perçu ni comme une « méthode à suivre », ni comme un « modèle de l’unité recherchée par nos l’Églises » mais  que, d'autre part, les Églises orientales catholiques rattachées à Rome, en tant que « membres de la communauté catholique », ont le droit d'exister et d’exercer leur activité pastorale auprès de leurs fidèles. Bien que ces « principes ecclésiologiques » aient porté à l’énonciation d’utiles « règles pour la pratique », aucune solution réelle n'a pu être trouvée pour la poursuite du dialogue théologique. La rencontre plénière suivante à Baltimore en 2000 devait donc à nouveau traiter du problème de l'uniatisme, sans toutefois aboutir à un résultat durable, si bien que la commission a interrompu ses travaux. Malgré une longue période de progrès théologiques, le dialogue théologique avait sombré en raison du problème de l’uniatisme ; et il semblait être revenu au point de départ, du moins en ce qui concerne cette délicate question.

c) Histoire et théologie de la primauté

Pour les Églises orthodoxes, la question de l'uniatisme demeure un traumatisme et chez elles l'existence d'Églises catholiques orientales en union avec Rome suscite toujours de nouvelles craintes ou du moins de l’irritation. Du côté catholique, il est important d’en tenir compte avec délicatesse.[28] D'autre part, la question œcuménique des Églises orientales catholiques, qui désirent vivre leur tradition orientale en communion avec Rome et considèrent cette unité comme essentielle à leur existence en tant qu’Église, ne peut être résolue qu'en approfondissant la question la plus importante en œcuménisme, à savoir celle de la communion avec Rome et celle de la primauté de l'Évêque de Rome. En effet, comme l’estime avec raison le Cardinal Walter Kasper, la question de l’uniatisme est « indissociable » de celle de la primauté : « On ne peut donc progresser que si l’on revient sur la thématique fondamentale ».[29] C’est ce qui a eu lieu en 2006. Peu de temps après le début du pontificat du Pape Benoît XVI, le dialogue interrompu en 2000 a pu être repris et la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique a pu poursuivre ses travaux.

En 2006, la rencontre plénière de Belgrade a examiné le document de travail qui aurait dû être traité lors de la sixième rencontre plénière à Freising en 1990 et était consacré au sujet suivant : « Conséquences ecclésiologiques et canoniques de la nature sacramentelle de l’Église. Communion ecclésiale, conciliarité et autorité ». La discussion s'est poursuivie lors de la rencontre plénière suivante à Ravenne en 2007, si bien que le document commun a été approuvé.[30] On y clarifie tout d'abord du point de vue théologique les concepts de « conciliarité » ou « synodalité » et d’ « autorité » pour ensuite montrer plus en détails que la conciliarité et l'autorité s’actualisent aux trois niveaux de la vie de l'Église, c’est-à-dire au niveau local pour l'Église locale, au niveau régional où un lien existe entre les diverses Églises locales voisines, et au niveau universel de l’Église répandue sur l’ensemble des terres habitées et qui englobe toutes les Églises locales. On y démontre ensuite que la synodalité et la primauté sont interdépendantes à tous les niveaux de la vie de l’Église, en ce sens qu’une primauté doit toujours être considérée et réalisée dans un cadre de conciliarité et qu’en conséquence, la conciliarité doit elle aussi toujours être considérée et réalisée dans un contexte de primauté. Concrètement, cela signifie qu'il doit y avoir à tous les niveaux de la vie ecclésiale un protos ou un kephale : au niveau local, l'évêque est le protos de son diocèse par rapport aux prêtres et au peuple de Dieu ; au niveau régional, le métropolite est le protos en relation avec les évêques de sa province et, au niveau universel, selon la vision catholique, l'Évêque de Rome est le protos en lien avec la multitude des Églises locales, tandis que chez les Églises orthodoxes, cette responsabilité est confiée au Patriarcat œcuménique de Constantinople. En conclusion de ce document, la Commission exprime la conviction que les réflexions présentées sur la communion ecclésiale, la conciliarité et l'autorité constituent un « progrès positif et significatif dans notre dialogue » et offrent une « base solide pour de futures discussions sur la question de la primauté au niveau universel de l'Église ».[31]

Le document de Ravenne représente un progrès important dans le dialogue orthodoxe-catholique en ce que, pour la première fois, les deux partenaires en dialogue ont pu déclarer ensemble que l'Église a besoin d'un protos à tous les niveaux de sa vie et donc également au niveau universel. Cette étape encourageante a toutefois été éclipsée par le fait que le Patriarcat orthodoxe russe, dont les représentants étaient absents à Ravenne en raison de problèmes intra-orthodoxes, ne partage pas ses conclusions et, le 26 décembre 2013, a publié sa propre déclaration, très différente de celle de la Commission internationale, sur la question de la primauté au niveau universel de l'Église.

Pour sa part, le document de Ravenne indique qu'il n'y a toujours pas de consensus dans l'interprétation des témoignages historiques sur les prérogatives de l'Évêque de Rome en tant que protos au premier millénaire. Par conséquent, à Ravenne il a été décidé que, sur la base théologique du document adopté, la Commission devrait examiner lors d’une prochaine étape, dans le cadre d’une étude historique, quel était le rôle de l'Évêque de Rome au premier millénaire, à la fois en Orient et en Occident, et qu’en un second temps, elle analyserait les différentes évolutions enregistrées en Orient et en Occident au cours du second millénaire pour, dans un troisième temps, développer une compréhension commune de la primauté et de son exercice pour le troisième millénaire.

Le document élaboré par la Sous-commission sur « Le Rôle de l’Évêque de Rome dans la communion de l'Église durant le premier millénaire » a été examiné lors des rencontres plénières de la Commission à Paphos (Chypre) en 2009 et à Vienne en 2010. Le travail d’interprétation commune des sources historiques comportant toutefois de grandes difficultés, la délégation orthodoxe a souhaité clore la discussion sur les questions historiques et revenir à un sujet de théologie systématique. C’est ainsi qu’il a été décidé de consacrer les travaux futurs à la question de la relation entre synodalité et primauté dans l’Église. Après trois rencontres du Comité de coordination et de la Sous-commission qui entre-temps ont permis la rédaction d’un projet, la rencontre plénière suivante s’est déroulée en 2014 à Amman, en Jordanie. Une fois encore, cependant, le texte élaboré a été rejeté par la partie orthodoxe et un nouveau texte a été rédigé. Celui-ci traite à nouveau davantage de questions historiques et a été soumis à la discussion lors de la rencontre plénière de Chieti en 2016. Ce texte intitulé « Synodalité et primauté au premier millénaire. Vers une compréhension commune au service de l'unité de l'Église » a été publié afin de présenter au public, après un intervalle de dix ans, un nouveau fruit du dialogue œcuménique.

La prochaine tâche consistera à poursuivre l’étude du thème « Primauté et synodalité au second millénaire et aujourd’hui ». Comme cela est déjà apparu dans le document de Chieti, il n’est pas facile de parvenir à une lecture commune de l’histoire et cette difficulté s’accentue naturellement en raison des différentes évolutions qu’ont subies la doctrine et la pratique de l'Église du côté catholique et orthodoxe au cours du second millénaire, à savoir pendant une période au cours de laquelle les chrétiens en Orient et en Occident ont pour la plupart vécu séparés les uns des autres. La séparation entre l’Orient et l’Occident a signifié pour ces deux poumons qu’ils ne pouvaient plus respirer dans le même organisme, mais devaient vivre dans des corps différents et évoluer séparément. Le nouveau document tente donc d’examiner de plus près les différents contextes de l’époque et les manières dont les différentes Églises vivaient la relation entre primauté et synodalité au second millénaire, en cherchant à mieux comprendre les données historiques à la lumière de la réflexion théologique. En effet, l'expérience œcuménique montre aussi que nombre de questions théologiques ne peuvent apparaître sous un jour nouveau que si l’on parvient à décrire ensemble la douloureuse histoire de la séparation du passé.

La Commission consacrera ses travaux futurs au thème : « Vers l’unité de foi. Questions théologiques et canoniques. » La première étape consistera à récapituler ce qui a déjà été fait dans le dialogue théologique afin d’identifier, dans un deuxième temps, les questions théologiques et canoniques qui doivent encore être résolues pour parvenir entre orthodoxes et catholiques à l'unité dans la foi qui ouvrira la voie à la communion eucharistique.

Hélas, le dialogue orthodoxe-catholique est actuellement occulté par les profondes tensions entre le Patriarcat orthodoxe russe de Moscou et le Patriarcat œcuménique de Constantinople sur la question de l'autocéphalie de l'Église orthodoxe en Ukraine [32]. Étant donné qu’en réponse aux décisions du Patriarche œcuménique Bartholomée I à ce sujet, le Saint-Synode du Patriarcat de Moscou a interdit la participation de représentants du Patriarcat de Moscou à toutes les commissions coprésidées par un évêque du Patriarcat œcuménique, la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique est également concernée. Cependant, comme les Églises orthodoxes ont déclaré que l'absence d'une ou plusieurs Églises orthodoxes ne pouvait signifier l'annulation totale du dialogue, la Commission poursuivra sa tâche.

d) Recomposition œcuménique de l’Église une et indivise

Une vue d’ensemble de l’histoire des travaux théologiques de la Commission internationale montre qu’on ne peut encore déterminer aujourd’hui quand un accord crédible et durable sera trouvé sur la question de la primauté de l’Évêque de Rome. Cette question posant un problème difficile à résoudre, elle nécessitera encore de nombreuses recherches historiques et un travail de réflexion théologique approfondi. Le dialogue mené jusqu’ici a montré que lorsqu’une des parties en cause présente des requêtes extrêmes à son partenaire de dialogue, la recherche de l'unité n’en tire aucun avantage. La requête maximale que l’Église catholique pourrait adresser à l’orthodoxie serait de demander la reconnaissance de la primauté de l’Évêque de Rome dans toute la dimension qui lui fut attribuée par le Premier Concile du Vatican et, en conséquence, de demander aux Églises orthodoxes d’adhérer à la pratique de la primauté, comme ce fut le cas avec les Églises orientales catholiques rattachées à Rome. En retour, la requête maximale que les orthodoxes pourraient adresser aux catholiques consisterait à déclarer que la forme ecclésiologique spécifique du second millénaire, qui culmina dans la doctrine de la primauté du Premier Concile du Vatican, fut une erreur, et à demander de renoncer à toutes les déclarations doctrinales qui en découlèrent, à commencer par le Filioque dans le Credo jusqu’aux dogmes mariaux des XIXe et XXe siècles.

Au-delà de ces requêtes extrêmes qui seraient irréalistes et invalidantes pour la recherche de l’unité, le dialogue théologique ne pourra progresser à l’avenir que si les camps les plus forts des deux Églises entament un débat, dans l’espoir que les uns et les autres soient disposés à apprendre et à reconnaître l’un des principes fondamentaux du dialogue œcuménique qui consiste en l’échange mutuel de dons. Le point fort des Églises orthodoxes réside dans leur synodalité, raison pour laquelle le Pape François a souligné à différentes reprises que l’Église catholique, dans son « dialogue avec les frères orthodoxes, [a] la possibilité d’apprendre quelque chose de plus sur le sens de la collégialité épiscopale et sur l’expérience de la synodalité ».[33] L’Église catholique devra en effet admettre que, dans sa vie et dans ses structures ecclésiales, n’a pas encore été développé le niveau de synodalité qui serait théologiquement possible et nécessaire et que c’est dans le renforcement de la synodalité que réside assurément « la plus importante contribution de l’Église catholique à la reconnaissance de la primauté »[34]. D'autre part, on devrait attendre des Églises orthodoxes qu'elles reconnaissent grâce au dialogue œcuménique qu’une primauté est non seulement possible et théologiquement légitime  également au niveau universel de l'Église, mais aussi nécessaire ; que les tensions internes à l’orthodoxie laissent entendre qu’il serait utile de réfléchir à un ministère d’unité au niveau universel, et que ceci ne va nullement à l’encontre de l’ecclésiologie eucharistique qui leur est si chère mais est au contraire compatible avec celle-ci, comme ne cesse de le rappeler le Métropolite John D. Zizioulas, ancien coprésident de la Commission mixte internationale.[35] Alors que nous, catholiques, percevons la primauté de l'Évêque de Rome comme un don du Seigneur à son Église, nous y voyons aussi une possibilité offerte à toute la chrétienté sur le chemin qui nous conduira à redécouvrir l’unité et à vivre en elle.

Seule cette volonté réciproque d’apprendre les uns des autres peut nous mener sur le chemin de la recomposition de l’Église une et indivise en Orient et en Occident.[36] Cependant, nous ne pouvons exprimer cette conviction de manière crédible qu'en surmontant le discours habituel qui décrit l’Église orthodoxe et l’Église catholique comme deux Églises distinctes. On prétend ainsi qu’il existe une pluralité d’Églises au-dessus de laquelle l’ « Église » au singulier ne peut plus apparaître ; c’est ainsi que demeure, comme l'a critiqué à juste titre le Cardinal Joseph Ratzinger, « au dernier niveau du concept d'Église » un « dualisme » et l’Église une devient une « utopie » ou même un « fantôme » alors qu’il est pour elle « essentiel qu’elle soit un corps ».[37] L'être Corps de l’Église la pousse aussi elle-même à la communion ferme dans le Corps eucharistique du Seigneur. La recomposition de l’Église une et indivise en Orient et en Occident doit donc avoir pour objectif la reprise de la communion eucharistique que le Patriarche Athénagoras et le Pape Paul VI, il y a cinquante ans, attendaient si passionnément, comme l'indiquent clairement les paroles du Patriarche œcuménique en 1968 : « L’heure est venue du courage chrétien. Nous aimant les uns les autres, confessons l’ancienne foi commune, avançons tous ensemble au-devant de la gloire du saint autel commun afin d’accomplir la volonté du Seigneur, pour que resplendisse l’Église, que le monde croie et que la paix de Dieu vienne sur tous. »[38]

Apporter une contribution afin que ce chemin, qui a débuté si riche de promesses à Jérusalem il y a cinquante ans, trouve son but dans l'agape eucharistique, est un devoir pressant, mais avant tout une immense grâce que je souhaite de pouvoir vivre en particulier à la jeune génération, dans l’espoir qu’elle continue à servir le dialogue de la charité et le dialogue de la vérité afin de parvenir à la recomposition de l’Église une et indivise en Orient et en Occident.


[1] Unitatis redintegratio, n° 13.

[2] Vgl. Ch. Lange, K. Pinggéra (Hrsg.), Die altorientalischen Kirchen. Glaube und Geschichte (Darmstadt 2010); P. Siniscalco, Le Antiche Chiese Orientali. Storia e letteratura (Roma 2005).

[3] Vgl. E. Ch. Suttner, Vorchalcedonische und chalcedonische Christologie. Die eine Wahrheit in unterschiedlicher Begrifflichkeit, in: Ders., Kirche in einer zueinander rückenden Welt. Neue Aufsätze zu Theologie, Geschichte und Spiritualität des christlichen Ostens (Würzburg 2003) 155-170.

[4] Vgl. K. Kardinal Koch, Jesus der Christus: Grund der Einheit oder Motiv der Trennung? in: Th. Hainthaler, D. Ansorge, A. Wucherpfennig (Hrsg.), Jesus der Christus im Glauben der einen Kirche. Christologie – Kirchen des Ostens – Ökumenische Dialoge (Freiburg i. Br. 2019) 365-384.

[5] Vgl. Th. Hainthaler, Hermeneutische Aspekte bei christologischen Erklärungen mit den Kirchen des Ostens, in: S. Ernst, G. Gade (Hrsg.), Glaubensverantwortung in Theologie, Pastoral und Ethik = Festschrift für Peter Knauer (Freiburg i. Br. 2015) 146-171.

[6] Vgl. D. Winkler, Ökumene zwischen Stolper- und Meilensteinen. Der Dialog von PRO ORIENTE mit den orientalisch-orthodoxen Kirchen, in: J. Marte, R. Prokschi (Hrsg.)., WERKSTATT PRO ORIENTE. Erfolgsgeschichte eines Ost-West-Dialogs (1964-2014) = PRO ORIENTE Band XXVIII (Innsbruck – Wien 2014) 100-123.

[7] Déclaration commune du Pape Paul VI et du Patriarche syro-orthodoxe Mar Ignatius Yacoub III du 27 octobre 1971, dans : Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, Service d'information 16 (1972/I) 5.

[8] Déclaration commune du Pape Jean-Paul II et du Patriarche syro-orthodoxe Mar Ignatius Zakka I Iwas du 23 juin 1984, dans : : Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens Service d'Information 55 (1984/II-III) 68-69.

[9] Vgl. J. Oeldemann, Gemeinsamer Glaube und pastorale Zusammenarbeit. 25 Jahre Weggemeinschaft zwischen der Syrisch-Orthodoxen Kirche und der Römisch-Katholischen Kirche (Basel 2011).

[10] Déclaration commune entre Sa Sainteté le Pape Paul VI et Sa Sainteté Chenouda du 10 mai 1971, dans : Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, Service d'information 22 (1993/IV) 10-11.

[11] Déclaration commune entre Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II et Sa Sainteté Karékine I du 13 décembre 1996, dans : Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, Service d'information 94 (1997/I) 33-34.

[12] Déclaration commune entre Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II et le Catholicos Aram I de Cilicie du 25 janvier 1997, dans : Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, Service d'information 95 (1997/II-III) 85-86.

[13] Nature, constitution et mission de l’Église. Rapport de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et les Églises orthodoxes orientales, dans : Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, Service d'information 131 (2009/I-II) 14-22.

[14] Déclaration christologique commune entre l’Église catholique et l’Église assyrienne de l’Orient, 1994, dans : Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, Service d’information 88 (1995/I) 2-3.

[15] Vgl. Y. Congar, Zerstrittene Christenheit. Wo trennten sich Ost und West (Wien 1959).

[16] W. Kardinal Kasper, Wege der Einheit. Perspektiven für die Ökumene (Freiburg i. Br. 2005) 208.

[17] Vgl. M. Böhnke / A. E. Kattan / B. Oberdorfer (Hrsg.), Die Filioque-Kontroverse. Historische, ökumenische und dogmatische Perspektiven 1200 Jahre nach der Aachener Synode (Freiburg i. Br. 2011).

[18] Vgl. Atenagora con Olivier Clément, Umanesimo spirituale. Dialoghi tra Oriente e Occidente. A Cura di Andrea Riccardi (Cinisello Balsamo 2013), bes. 406-427: Gerusalemme;  Dialogue of Love. Breaking the Silence of Centuries. Ed. by J. Chryssavgis (New York 2014); J. Ernesti, Paul VI. Der vergessene Papst (Freiburg i. Br. 2012), bes. 86-91: „Ökumenische Wallfahrt“ ins Heilige Land; V. Martano, L’Abbraccio di Gerusalemme. Cinqunt’anni fa il storico incontro tra Paolo VI e Athenagoras (Milano 2014); E. Morini, È vicina l’unità tra cattolici e ortodossi? Le scomuniche del 1054 e la riconcialiazione del 1965 (Magnano 2016).

[19] Déclaration commune du Pape Paul VI et du Patriarche Athénagoras exprimant leur décision d’enlever de la mémoire et du milieu de l’Église les sentences d’excommunication de l’année 1054, dans : Tomos Agapis. Vatican-Phanar (1958-1970) (Rome-Istanbul 1971), N° 127.

[20] J. Kardinal Ratzinger, Rom und die Kirchen des Ostens nach der Aufhebung der Exkommunikationen von 1054, in: Ders., Theologische Prinzipienlehre. Bausteine zur Fundamentaltheologie (München 1982) 214-230, zit. 229.

[21] Benoît XVI, Rencontre avec des représentants des Églises orthodoxes et orthodoxes orientales au Séminaire de Freiburg i. Br., 24 septembre 2011, dans : Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, Service d’information 137 (2011/II-III) 60. Vgl. K. Koch, Joseph Ratzinger – Papst Benedikt XVI. und die Welt der Orthodoxie, in: R. Voderholzer – Ch. Schaller – F.-X. Heibl (Hrsg.), Mitteilungen Institut Papst Benedikt XVI. Band 7 (Regensburg 2014) 33-47.

[22] Vgl. Frère Patrice Mahieu, O.S.B., Se préparer au don de l’unité. La commission internationale catholique-orthodoxe, 1975-2000 (Paris 2014); G. Martzelos, Der theologische Dialog zwischen der Orthodoxen und der Römisch-katholischen Kirche: Chronik – Bewertung – Aussichten, in: K. Nikolakopoulos (Hrsg.), Benedikt XVI. und die Orthodoxe Kirche. Bestandsaufnahmen, Erwartungen, Perspektiven (St. Ottilien 2008) 289-327; R. G. Robertson, Eastern Orthodox-Roman Catholic Dialogue (From 1980), in:  H. A. Rodano (Ed.), Celebrating a Century of Ecumenism. Exploring  the Achievements of International Dialogue (Geneva 2012) 249-263.

[23] Déclaration commune du Pape Jean-Paul II et du Patriarche œcuménique Dimitrios I à l’occasion de la visite du Saint-Père en Turquie, 30 novembre 1979, dans : Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, Service d’information 41 (1979/IV) 28.

[24] Commission mixte internationale de dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe, Munich, Allemagne, 30 juin-6 juillet 1982, dans : Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, Service d’information 49 (1982/II-III) 64-65.

[25] Commission mixte internationale de dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe, Bari, Italie, 16 juin 1987, dans : Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, Service d'information 64 (1987/II) 86-91.

[26] Commission mixte internationale de dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe, Valamo, Finlande, 19-27 juin 1988, dans : Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, Service d’information 68 (1988/III-IV) 194-199.

[27] Commission mixte internationale de dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe, Balamand, Liban, 23 juin 1993, dans : Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, Service d'information 83 (1993/II) 100-103.

[28] Vgl. Comité mixte catholique-orthodoxe en France, Catholiques et orthodoxes: Les enjeux de l’uniatisme. Dans le sillage de Balamand (Paris 2004).

[29] W. Kardinal Kasper, Ökumene zwischen Ost und West. Stand und Perspektiven des Dialogs mit den orthodoxen Kirchen, in: Stimmen der Zeit 128 (2003) 11-164, zit. 161.

[30] Commission mixte internationale de dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe, Ravenne, Italie, 13 octobre 2007, dans : Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, Service d'information 126 (2007/IV) 190-196.

[31] N° 46.

[32] Vgl. B. Hallensleben (Hrsg.), Orthodoxe Kirche in der Ukraine – wohin? Dokumente zur Debatte um die Autokephalie = Studia Oecumenica Friburgensia 92 (Münster 2019); J. Oeldemann, Orthodoxe Kirchen in der Ukraine. Zum Spannungsfeld zwischen Konstantinopel und Moskau, in: Stimmen der Zeit 144 (2019) 279-294.

[33] François, Evangelii gaudium, n° 246.

[34] W. Kasper, Petrusdienst und Petrusamt. Biblische Grundlagen – Geschichtliche Entwicklung – Ökumenische Perspektiven, in: Ders., Die Kirche und ihre Ämter = Gesammelte Schriften. Band 12 (Freiburg i. Br. 2009) 569- 652, zit. 647.

[35] J. D. Zizioulas, Being as Communion (New York 1985); Ders., The One and the Many. Studies on God, Man, the Curch and the World Today (Alhambra 2010). Vgl. K. Koch, Metropolit Ioannis Zizioulas als theologischer Inspirator in ökumenischer Perspektive, in: Orthodoxes Forum 29 (2015) 251-258.

[36] Vgl. Métropolite Emmanuel de France / Cardinal K. Koch, L´esprit de Jérusalem. L´orthodoxie et le catholicisme au XXIe siècle (Paris 2014).

[37] Briefwechsel zwischen Metropolit Damaskinos und Joseph Cardinal Ratzinger, in: J. Cardinal Ratzinger, Weggemeinschaft des Glaubens. Kirche als Communio (Augsburg 2002) 187-209, zit. 205.

[38] Télégramme du Patriarche Athénagoras au Pape Paul VI, à l’occasion de l’anniversaire de la levée des anathèmes le 7 décembre 1969, dans : Tomos Agapis. Vatican-Phanar (1958-1970) (Rome – Istanbul 1971) N° 277. 

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