Entre catholiques et orthodoxes, “le dialogue théologique poursuit son chemin”, estime Mgr Palmieri.

publié le 13 févr. 2020, 09:55 par Président ACOS   [ mis à jour : 13 févr. 2020, 10:11 ]

13-02-2020 - Dans un article publié dans l’Osservatore Romano des 20-21 janvier 2020, Mgr Andrea Palmieri, sous-secrétaire du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens et co-secrétaire de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe, constate qu’au cours de l’année 2019 les rapports bilatéraux ont continué à se développer et que le dialogue théologique officiel a poursuivi son chemin. Et cela, malgré les tensions croissantes au sein du monde orthodoxe (entre Constantinople et Moscou). 

Dans son texte, Mgr Palmieri fait une large place au quarantième anniversaire de l’annonce de l’institution de la Commission mixte internationale de dialogue (lors de la rencontre au Phanar entre le pape Jean-Paul II et le patriarche œcuménique Dimitrios 1er en novembre 1979). Commission qui s’est réunie quatorze fois en session plénière et a publié six documents importants entre 1982 et 2016. 

Au cours de ce processus, écrit-il notamment, la Commission mixte de dialogue a commencé « à se confronter à l’épineuse question de l’exercice de la primauté de l’évêque de Rome ». Ce « point crucial des relations entre catholiques et orthodoxes. » Ainsi, le Comité de coordination de la Commission se consacre « à l’étude d’un nouveau document intitulé Primauté et synodalité au second millénaire et aujourd’hui, dont la rédaction a commencé en 2018 ». 

Mgr Palmieri, dans la suite de son article, met également en avant les événements qui, en 2019, « ont contribué au développement de relations toujours meilleures entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe ». Parmi ceux-ci les visites du pape François en Bulgarie et en Roumanie, sa rencontre avec le patriarche œcuménique Bartholomée Ier à Rome durant laquelle il a offert à l’Église de Constantinople des fragments de reliques de saint Pierre. Un geste - que le pape François a explicité dans une lettre au patriarche - qui « entend être une confirmation du chemin accompli par nos Églises pour se rapprocher l’une de l’autre… »

La Documentation catholique. 

Source : Texte original italien dans l’Osservatore Romano des 20-21 janvier 2020.


L’année 2019 a été marquée par le développement de liens toujours plus étroits entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe. Les tensions croissantes au sein du monde orthodoxe, liées au fait que le patriarcat œcuménique de Constantinople a accordé l’autocéphalie à l’Église orthodoxe ukrainienne le 6 janvier 2019, n’ont pas empêché que des rapports bilatéraux avec chacune des Églises orthodoxes continuent à se développer et que le dialogue théologique officiel poursuive son chemin.

C’est dans ce contexte qu’a eu lieu le 30 novembre dernier le quarantième anniversaire de l’annonce de l’institution de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe par le pape Jean Paul II et le patriarche œcuménique Dimitrios Ier [1]. Cet anniversaire a été rappelé par le pape François dans son message adressé au patriarche œcuménique Bartholomée 1er à l’occasion de la fête de Saint-André, patron de l’Église de Constantinople et du patriarcat œcuménique. Dans son message, le pape a souligné les nombreuses avancées réalisées par la Commission. En effet, au cours de ces quarante années, la Commission s’est réunie en quatorze sessions plénières et a publié six documents importants : Le Mystère de l’Église et de l’Eucharistie à la lumière du mystère de la Sainte Trinité (Münich, Allemagne, 1982) [2]Foi, sacrements et unité de l’Église (Bari, Italie, 1987), Le sacrement de l’Ordre dans la structure sacramentelle de l’Église, en particulier l’importance de la succession apostolique pour la sanctification et l’unité du Peuple de Dieu (Valamo, Finlande, 1988), L’uniatisme, méthode d’union du passé, et la recherche actuelle de la pleine communion (Balamand, Liban, 1993) [3]Les conséquences ecclésiologiques et canoniques de la nature sacramentelle de l’Église - Communion ecclésiale, conciliarité et autorité (Ravenne, Italie, 2007) [4]Synodalité et primauté au premier millénaire : vers une compréhension commune au service de l’unité de l’Église (Chieti, Italie, 2016).

Ces textes, que les Églises locales doivent ensuite s’approprier et que les instituts théologiques catholiques et orthodoxes doivent davantage approfondir, montrent l’existence d’une large et solide convergence de visions entre les Églises sur des questions théologiques fondamentales, sacramentelles et ecclésiologiques. Malgré un millénaire de séparation, souvent marqué par un fort esprit polémique, l’Église catholique et l’Église orthodoxe ont convenu qu’elles ont toutes deux conservé la même structure ecclésiologique, fondée sur la même foi trinitaire, sur l’expérience sacramentelle et sur la succession apostolique. Sur ces bases, il a été possible de reconnaître ensemble pour la première fois la nécessité d’avoir un rôle primatial également au niveau de la vie de l’Église universelle, revenant à l’évêque de l’Église de Rome, rôle qu’il devra exercer dans le contexte de la synodalité selon les principes du premier millénaire qui restent toujours la norme.

Au cours de ce processus, comme on a pu le voir, la Commission a commencé à se confronter à l’épineuse question de l’exercice de la primauté de l’évêque de Rome, qui représente un point crucial des relations entre catholiques et orthodoxes. Pour le moment, le Comité de coordination de la Commission se consacre à l’étude d’un nouveau document intitulé Primauté et synodalité au second millénaire et aujourd’hui, dont la rédaction a commencé en 2018. Le texte examine les principaux événements du second millénaire en Occident et en Orient, qui ont influencé le développement des relations entre primauté et synodalité dans les deux Églises, cherchant à parvenir à une interprétation commune. Dans ce document, la Commission n’entend pas brosser un tableau exhaustif du second millénaire, ni traiter de tous les thèmes qui au cours de la période historique concernée ont suscité des différends entre catholiques et orthodoxes, mais elle veut se concentrer exclusivement sur les questions ecclésiologiques mentionnées dans le titre du document. Cela dit, puisque les développements ecclésiologiques ont souvent été liés à des facteurs non théologiques de nature historique et culturelle, il faut parfois résumer des phénomènes très complexes en quelques lignes sans pour autant renoncer à être précis.

Le Comité de coordination a déjà consacré deux réunions à ce délicat travail, qui ont eu lieu du 13 au 17 novembre 2018 et du 11 au 15 novembre 2019, toutes deux au monastère de Bose (Italie). Une nouvelle réunion est prévue pour le mois de septembre de cette année à Réthymnon (Grèce). Le délai nécessaire à la préparation du document, qui n’est pas plus important que pour les textes publiés précédemment par la Commission, est lié au désir unanimement partagé par tous les membres du Comité de coordination de rendre le texte toujours plus précis et plus complet. Ce seront ensuite naturellement les membres de la Commission réunis en assemblée plénière qui évalueront si le texte est vraiment mûr pour la publication.

Le représentant du patriarcat de Moscou n’a pas participé aux deux réunions du Comité de coordination mentionnées ci-dessus, alors qu’il était présent dans les mêmes circonstances dans le passé. L’absence du représentant du patriarcat de Moscou n’est pas due à des questions relatives au dialogue, mais à une décision du synode de cette Église qui, à cause de la question ukrainienne, a interdit à ses membres de participer à toute commission présidée par un évêque du patriarcat œcuménique. Étant donné qu’à la fois la Commission mixte internationale et le Comité de coordination sont co-présidés, côté orthodoxe, par l’archevêque Job de Telmessos, du patriarcat œcuménique de Constantinople, le patriarcat de Moscou a suspendu sa participation au dialogue théologique officiel. Malgré cette absence, qui s’ajoute à celle des représentants du patriarcat de Bulgarie, lesquels désormais depuis une dizaine d’années ne participent pas aux réunions de la Commission, le dialogue se poursuit. Du côté catholique, bien que respectant les choix posés par chacun de ces synodes, on ne peut qu’exprimer le souhait que toutes les Églises orthodoxes reviennent prendre part activement au dialogue théologique.

Certains événements de l’an dernier ont contribué au développement de relations toujours meilleures entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe. Parmi ceux-ci, on peut mentionner la visite du pape François à Sofia et à Bucarest, où il a rencontré le Patriarche de Bulgarie Neofit (le 5 mai) [5] et le patriarche de Roumanie Daniel (le 31 mai) et leurs synodes respectifs, ainsi que la visite du patriarche œcuménique Bartholomée Ier à Rome, où il a à nouveau rencontré le pape François (le 17 septembre). Un geste d’une importance particulière dans les relations catholiques-orthodoxes a été effectué par le pape François le 29 juin dernier, lorsqu’il a offert au patriarche œcuménique de Constantinople des fragments de reliques de saint Pierre. En référence à ce geste significatif, dans une lettre adressée au patriarche œcuménique Bartholomée Ier datée du 30 août, le pape François a écrit que ce geste « entend être une confirmation du chemin accompli par nos Églises pour se rapprocher l’une de l’autre : un chemin parfois exigeant et difficile, mais également accompagné de signes évidents de la grâce de Dieu. Suivre ce chemin exige avant tout une conversion spirituelle et une fidélité renouvelée au Seigneur, qui demande un plus grand engagement et de nouveaux pas courageux de notre part ». La valeur œcuménique du cadeau du pape François a été soulignée par le patriarche œcuménique Bartholomée 1er qui, dans son discours de clôture de la divine liturgie dans l’église patriarcale de Saint-Georges du Phanar à l’occasion de la fête de l’Apôtre André, le 30 novembre dernier, en présence d’une délégation du Saint-Siège, a affirmé que « l’arrivée des reliques du saint Apôtre Pierre au siège du patriarcat œcuménique à Constantinople a été en soi une bénédiction, étant donné que saint Pierre est une figure centrale du christianisme comme apôtre de la confession de la foi, témoin de la Résurrection et signe d’espérance pour tous les chrétiens. Ce cadeau de notre frère le pape François est une nouvelle étape cruciale sur le chemin du rapprochement… Le fait que les frères Pierre et André soient à nouveau réunis à travers la présence de leurs saintes reliques nous encourage à continuer avec encore plus de force et d’espérance dans notre chemin vers l’unité espérée ».

Le dialogue de la vérité étant précédé et constamment soutenu par le dialogue de la charité, sans lequel il serait réduit à une discussion académique, nous pouvons être absolument certains que les rencontres et les gestes que nous venons de rappeler donneront une impulsion supplémentaire au dialogue théologique mené par la Commission mixte internationale.

[1] -   Pape Jean-Paul II et patriarche œcuménique Dimitrios 1erRencontre solennelle au Phanar en la fête de saint André, 30 novembre 1979 ; DC 1979, n. 1776, p. 1057-1062.
[2] -   Commission mixte catholique-orthodoxe, document Le Mystère de l’Église et de l’Eucharistie à la lumière du mystère de la Sainte Trinité, Münich, Allemagne, 6 juillet 1982 ; DC 1982, n. 1838, p. 941-945.
[3] -   Commission mixte catholique-orthodoxe, document L’uniatisme, méthode d’union du passé, et la recherche actuelle de la pleine communion, Balamand, Liban, 23 juin 1993 ; DC 1993, n. 2077, p. 711-714.
[4] -   Commission mixte catholique-orthodoxe, document Les conséquences ecclésiologiques et canoniques de la nature sacramentelle de l’Église - Communion ecclésiale, conciliarité et autorité, Ravenne, Italie, 13 octobre 2007 ; DC 2007, n. 2392, p. 1117-1125.
[5] -  Pape François, Rencontre avec le patriarche Neofit et les membres du Saint-Synode de l’Église orthodoxe bulgare, le 5 mai 2019 ; DC 2019, n. 2535, p. 84-86.

Source : (*) Traduction française de Violaine Ricour-Dumas pour La DC. Titre et notes de La DC.