Le Père Patrice Mahieu o.s.b. de Solesmes : « La vie est une préparation au grand passage ».

publié le 2 nov. 2020, 03:39 par Président ACOS   [ mis à jour : 2 nov. 2020, 03:51 ]

07-10-2020 Source  Après la Toussaint, célébrée le 1er novembre 2020, fête de tous les saints comme son nom l’indique, les chrétiens prient pour les défunts le 2 novembre. C’est le moment aussi de s’interroger sur la place de la mort dans notre société.

Avec la pandémie du Covid-19, la mort s’est invitée dans notre quotidien. Une présence troublante…

« Dans nos sociétés, on a presque une attitude malsaine face à la mort. Elle est cachée. On met les personnes âgées dans des Ehpad, il ne faut pas qu’elles dérangent… La mort fait peur car nous faisons le lien entre souffrance et mort, la souffrance précédant souvent la mort. »

Est-ce la mort ou la souffrance qui fait peur ?

« Quand l’homme pense souffrance, la mort fait peur. Mais il ne faut pas se le cacher, sans parler même de souffrance, un aspect de la mort fait peur, car l’homme se projette comme une personne ayant toute-puissance sur sa vie. Or, la maladie et la mort viennent contrarier cette toute-puissance. Il est important d’apprivoiser la souffrance, la mort. Cela peut faire grandir en humanité. Le chrétien doit reconnaître qu’il est une créature, qu’il a reçu la vie et que Dieu la lui retire. »

La perte d’un être cher est aussi source de traumatisme…

« Certes, la mort cause un choc émotionnel pour celui qui reste, mais ce choc peut être vécu dans la foi par le croyant. Les liens d’amour, d’affection avec un parent, un enfant, un ami, ne sont pas cassés par la mort mais transformés. »

Qu’en est-il pour les non-croyants ?

« La fin totale n’existe pas. Même sans la foi, si on aime quelqu’un, on perçoit autre chose. Pour Gabriel Marcel, un philosophe du XXe siècle, « Dire à quelqu’un je t’aime, c’est lui dire : Tu ne mourras jamais ». Cela pour expliquer que quand on aime vraiment quelqu’un, croyant ou non-croyant, on perçoit en lui quelque chose d’infini et d’immortel. »

La mort peut être terriblement injuste aussi…

« Oui, on peut être révolté face à certaines morts. Je dirais même que parfois, notre foi peut être ébranlée à cause de ces morts injustes. Nous n’avons pas à nous reprocher de trouver cette mort injuste. Nous n’avons pas de réponses intellectuelles, mais pour le chrétien, la mort injuste est un passage. Le Christ vient habiter les souffrances du chrétien. »

Saint Benoît demande aux moines d’avoir la mort présente chaque jour, et de désirer la vie éternelle. Tout un programme…

« On pourrait penser que ça n’est pas très gai tout ça ! Mais en fait, avoir la mort présente chaque jour, cela permet de relativiser beaucoup de choses. Dans la vie courante, certaines choses sur lesquelles je pourrais me centrer n’en valent pas la peine. À quoi ça sert de me brouiller avec telle personne puisque je vais mourir… La mort présente devant les yeux permet d’évaluer les choses par rapport à l’éternité. Elle est plutôt sage, cette attitude, non ? Les philosophes latins avaient cette sagesse-là également. »

Comment définiriez-vous la mort ?

« Pour le moine que je suis, comme pour les croyants, c’est un passage qui ouvre sur une rencontre. La vie est une préparation au grand passage. Nous sommes en chemin. »