Un dictionnaire des saints oecuméniques

publié le 28 nov. 2019 à 10:15 par Responsable Communication   [ mis à jour : 28 nov. 2019 à 10:19 ]

28-11-2019 - Par Elodie Mourot - Dictionnaire des saints et grands témoins du christianisme, sous la direction de Jean-Robert Armogathe et, André Vauchez, avec la collaboration de Vivien Richard, CNRS Éditions, 1 392 p., 42 €

Et si les saints pouvaient être les acteurs d’un dialogue œcuménique renouvelé ? C’est le pari que semblent faire les auteurs de cet imposant dictionnaire, André Vauchez et Jean-Robert Armogathe, tous deux historiens reconnus, le premier pour ses travaux sur le christianisme médiéval, le second pour ses études sur le XVIIe siècle catholique français.

En effet, leur ouvrage ne se contente pas de mettre en relief l’incroyable diversité des figures de sainteté à travers les siècles – qui furent martyrs et confesseurs, moines et évêques, théologiens et docteurs, baptisés exerçant toutes sortes de professions –, il rassemble saints déclarés tels par l’Église catholique et grands témoins de la foi, y compris orthodoxes et protestants.

« Conserver la mémoire des saints »

En plus de 300 entrées, il évoque ainsi saint Ambroise de Milan et saint Oscar Romero mais aussi Avvakoum (1620-1682) et Silouane (1866-1938), fêtés dans l’Église d’Orient ; Dietrich Bonhoeffer (1906-1945) et Karl Barth (1886-1968), figures intellectuelles et spirituelles du protestantisme.

L’idée est remarquable si l’on se rappelle que l’un des enjeux de la Réforme du XVIe siècle fut la critique du culte des saints. « On ne saurait prouver par l’Écriture qu’on doit invoquer les saints ou implorer leur secours. Car il n’y a qu’un seul Réconciliateur et médiateur entre Dieu et les hommes : Jésus-Christ (1 Timothée 2, 5) qui est l’unique Sauveur (…) », indique la confession d’Augsbourg de 1530. Elle fait toutefois précéder cette affirmation d’un devoir de « conserver la mémoire des Saints, afin que notre foi soit affermie ».

Confirmant le refus protestant du culte des saints, la Confession helvétique postérieure de 1566 insiste elle aussi sur l’importance des saints : « Nous ne méprisons nullement les saints et nous ne les considérons pas à la légère. Nous les regardons comme des membres vivants du Christ, des amis de Dieu (…). Nous les aimons comme des frères (…). Qui plus est, nous les imitons (…). »

Un patrimoine spirituel commun

Ce dictionnaire rend donc aux chrétiens d’aujourd’hui un patrimoine spirituel commun. On peut regretter le ton légèrement hagiographique de certaines notices, mais cela ne retire rien à l’intérêt global de sa lecture.

En 2018, dans son exhortation apostolique Gaudete et exsultate « sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel », le pape François évoquait cinq expressions spirituelles de la sainteté : l’endurance (s’appuyant sur la patience et la douceur), la joie (et le sens de l’humour), l’audace (l’absence de crainte), le sens de la communauté et le goût de la prière. Ce dictionnaire témoigne que cette vision-là de la sainteté est partageable par les chrétiens de toutes confessions.

Source : La Croix