Une exposition d’icônes bulgares prévue au Louvre annulée pour raisons de "sacralité".

publié le 13 févr. 2020, 23:24 par Président ACOS   [ mis à jour : 16 févr. 2020, 09:10 ]

14-02-2020 - Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie a refusé d’accorder sa bénédiction au déplacement d’icônes et d’autres objets sacrés de leurs lieux de cultes respectifs pour être exposées au Musée du Louvre. 

« C’est une position de principe que les objets ne doivent pas sortir des lieux de culte et être envoyés à l’étranger, sauf pour les pèlerinages », a expliqué l’évêque de Melnik Gérasime, secrétaire du Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie. 

Le ministre de la Culture Boil Banov avait demandé que le Saint-Synode donne sa bénédiction pour que des croix, icônes, encensoirs, Évangiles, portes royales et autres objets – 16 en tout – soient transférés depuis le monastère de Batchkovo, le Museum national ecclésiastique, historique et archéologique, et l’Institut d’archives du Patriarcat de Bulgarie, pour être exposés à Paris. 

L’exposition prévue, maintenant annulée, a également suscité l’indignation dans la société, dans les milieux académiques et ecclésiastiques, lorsque l’on a su qu’il était prévu d’exposer les icônes et autres objets d’art dans le département d’art islamique du musée, dans le but de démontrer un lien entre les arts chrétien et islamique en Bulgarie. 

L’exposition, intitulée « Arts et cultures en Bulgarie, XVIème et XVIIIème siècle » était programmée pour la période de juin à novembre 2020, et aurait comporté 60 objets religieux, dont des icônes, manuscrits, livres, bijoux et assiettes de l’époque où la Bulgarie faisait partie de l’Empire ottoman. Tandis que le comité parlementaire bulgare pour la culture et les médias avait initialement déclaré que « les processus liés à la prochaine exposition bulgare au Louvre avançaient sans heurts », malgré le fait que les objets sacrés ne soient pas inclus, le ministre Banov a annoncé lundi que l’exposition serait annulée, selon les informations Balkan Insight. 

La décision du ministère de la Culture est venue après la réaction négative du Saint-Synode et d’Emmanuil Moutafov, directeur de l’Institut pour l’étude des arts à l’Académie bulgare des sciences, qui pense que le musée du Louvre a mal interprété les événements historiques. « L’interaction entre les arts islamique et chrétien, presque inexistante pendant cette période, est marginale et limitée à un niveau purement décoratif », a déclaré Moutafov dans un communiqué publié par Artstudies.bg. Le Saint-Synode a également pris sa décision avec la contribution du Dr Christo Tomalski, directeur de l’Institut d’histoire et des archives de l’Église, dont le rapport a détaillé un certain nombre des questions concernant l’exposition. 

Après la décision d’annulation, l’historienne d’art Klemena Antonova a déclaré à la Radio nationale bulgare que « cela montre que les gens en Bulgarie s’offensent facilement. Mais, et c’est plus important, cela montre un malentendu total de la part du Louvre pour l’histoire et la culture bulgares ». 

Dans une interview à Epicenter.bg, le ministre Boil a souligné que le Louvre avait été prévenu à l’avance qu’il n’y avait que peu de chance que le Saint-Synode donne sa bénédiction pour une telle exposition, alors que le musée avait décidé d’aller de l’avant et de sélectionner des objets dans lesquels il était intéressé ». 

Cela aurait été la troisième exposition d’art bulgare au Louvre, et le ministère bulgare de la Culture a annoncé qu’il proposera d’autres idées au musée pour de futures expositions.

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