Texte complet du vademecum sur l'oecuménisme

CONSEIL PONTIFICAL POUR LA PROMOTION
DE L’UNITÉ DES CHRÉTIENS

L’ÉVÊQUE ET L’UNITÉ
DES CHRÉTIENS:
VADEMECUM ŒCUMÉNIQUE

Préface

Le ministère confié à l’évêque est un service d’unité, que ce soit au sein de son diocèse ou entre l’Église locale et l’Église universelle. Ce ministère a donc une signification particulière pour la quête de l’unité de tous les disciples du Christ. La responsabilité de l’évêque en matière de promotion de l’unité des chrétiens apparaît clairement dans le Code de Droit Canonique de l’Église latine parmi les tâches de sa charge pastorale : « Qu’envers les fidèles qui ne sont pas en pleine communion avec l’Église catholique, il se comporte avec bonté et charité, en encourageant l’œcuménisme tel que le comprend l’Église » (Can 383, §3, CIC 1983). À cet égard, l’évêque ne doit pas considérer la promotion de la cause œcuménique comme l’une des nombreuses tâches de son ministère qu’il pourrait ou devrait différer au regard d’autres priorités apparemment plus importantes. L’engagement œcuménique n’est pas pour l’évêque une dimension facultative de son ministère mais un devoir et une obligation. Ceci apparaît encore plus clairement dans le Code des Canons des Églises orientales, qui contient un chapitre spécifique dédié à la tâche œcuménique, dans lequel il est particulièrement recommandé que les pasteurs de l’Église « travaillent en participant ingénieusement à l’œuvre œcuménique » (Can 902–908, CCEO 1990). Dans le service de l’unité, le ministère pastoral de l’évêque embrasse donc non seulement l’unité de son Église mais aussi celle de tous les baptisés en Christ.

Le présent document intitulé L’évêque et l’unité des chrétiens. Vademecum œcuménique, publié par le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, est proposé aux évêques diocésains et éparchiaux pour les aider à mieux cerner et remplir leur responsabilité œcuménique. La genèse de ce Vademecum remonte à une demande formulée lors d’une Assemblée plénière de ce Conseil pontifical. Le texte a été rédigé par les officiaux du Conseil, en consultation avec des experts et avec l’accord des dicastères compétents de la Curie romaine. Nous sommes à présent heureux de le publier avec la bénédiction du Saint-Père, le Pape François.

ous mettons cet ouvrage entre les mains des évêques du monde entier, en espérant qu’ils trouveront dans ces pages des orientations claires et utiles, leur permettant de conduire les Églises locales confiées à leur soin pastoral vers l’unité pour laquelle le Seigneur a prié et à laquelle l’Église est irrévocablement appelée.

Kurt Cardinal Koch - Président

 Brian Farrell
Évêque titulaire d’Abitine - Secrétaire

Table des abréviations

CCEO Code des Canons des Églises orientales (1990)
CIC Code de Droit Canonique (1983)
CPPU CConseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens
DO Directoire pour l’application des principes et des normes sur l’œcuménisme (1993), Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens

EG Evangelii gaudium (2013), Exhortation apostolique du Pape François
LG Lumen gentium (1964), Constitution dogmatique sur l’Église du Concile Vatican II
UR Unitatis redintegratio (1964), Décret sur l’œcuménisme du Concile Vatican II
UUS Ut unum sint (1995), Lettre encyclique de saint Jean-Paul II sur l’engagement œcuménique

Présentation du vadémécum œcuménique pour les évêques, 4 décembre 2020, capture Vatican media

Présentation Du Vadémécum Œcuménique Pour Les Évêques, 4 Décembre 2020, Capture Vatican Media

«L’évêque et l’unité des chrétiens»: texte complet du C.P. pour la promotion de l’unité

« L’évêque et l’unité des chrétiens : vademecum œcuménique » : c’est un nouveau document du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens présenté au Vatican ce 4 décembre 2020, par trois cardinaux : Kurt Koch (Unité des chrétiens), Marc Ouellet (évêques) et Antonio Tagle (évangélisation des peuples).

Il insiste sur la figure de l’évêque comme principe d’unité. Et il rassemble des recommandations éparses dans différents documents sur le rôle de l’évêque pour favoriser l’unité des chrétiens. Il est assez bref : en français, il occupe 26 pages format A4.

L’engagement œcuménique de l’évêque n’est pas une option, c’est « un devoir et une obligation », a souligné le cardinal Koch lors de sa présentation.

Ce vademecum de l’évêque, a expliqué le cardinal Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques, ne comporte pas de « nouveautés particulières » mais suggère « des initiatives concrètes » en faveur de l’unité.

Le vademecum œcuménique de l’évêque évoque 4 voies d’interaction entre chrétiens : l’œcuménisme spirituel, le dialogue de la charité (social), le dialogue de la vérité (théologique) et le dialogue de la vie (pastoral, culturel).

Il présente 6 séries de recommandations résumant la réflexion des différents chapitres. Et en annexe le document donne la liste des « partenaires de l’Église catholique dans le dialogue international », et celle des documents catholiques sur l’œcuménisme. 

Introduction

1. La quête de l’unité est intrinsèque à la nature de l’Église

La prière du Seigneur pour l’unité de ses disciples afin « que tous soient un » est étroitement liée à la mission qu’il leur a confiée, « afin que le monde croie » (Jn 17,21). Le Concile Vatican II a insisté sur le fait que la division entre communautés chrétiennes « s’oppose ouvertement à la volonté du Christ ; elle est pour le monde un objet de scandale et fait obstacle à la plus sainte des causes : la prédication de l’Évangile à toute créature » (Unitatis redintegratio [UR1). En échouant à être le signe visible de cette unité, les chrétiens manquent à leur devoir missionnaire de rassembler tous les hommes dans l’unité salvifique de la communion du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Nous comprenons ainsi pourquoi œuvrer pour l’unité est au cœur de notre identité comme Église. Comme l’écrit saint Jean-Paul II dans son encyclique Ut unum sint qui constitue une étape fondamentale dans l’engagement œcuménique de l’Église catholique, « la recherche de l’unité des chrétiens n’est pas un acte facultatif ou d’opportunité, mais une exigence qui découle de l’être même de la communauté chrétienne » (Ut unum sint [UUS] 49, cf. aussi 3).

2. Une communion réelle, bien qu’imparfaite

Le Décret sur l’œcuménisme du Concile Vatican II Unitatis redintegratio reconnaît que ceux qui croient au Christ et sont baptisés dans l’eau au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, sont véritablement nos frères et sœurs en Christ (cf. UR 3). Par le baptême, ils sont « incorporés au Christ » (Ibid.), c’est-à-dire « incorporés vraiment au Christ crucifié et glorifié, et régénérés pour participer à la vie divine » (UR 22). Le Concile reconnaît en outre que les communautés auxquelles ces frères et ces sœurs appartiennent sont dotées de nombre d’éléments essentiels voulus par le Christ pour son Église, que l’Esprit Saint peut se servir d’elles comme de « moyens de salut », et qu’elles sont dans une communion réelle, bien qu’imparfaite, avec l’Église catholique (cf. UR 3). Le Décret s’applique à spécifier les domaines de notre vie ecclésiale  cette communion existe et s’efforce de discerner en quoi et dans quelle mesure la communion ecclésiale varie d’une communauté chrétienne à une autre. Enfin, tout en reconnaissant une valeur positive aux autres communautés chrétiennes, Unitatis redintegratio déplore qu’en raison de la blessure de la division entre chrétiens, « il devient plus difficile pour l’Église elle-même d’exprimer sous tous ses aspects la plénitude de la catholicité dans la réalité même de la vie » (UR 4).

3. Le souci de l’unité des chrétiens concerne l’Église tout entière 

« Le souci de réaliser l’union » écrivaient les Pères du Concile Vatican II, « concerne l’Église tout entière, fidèles autant que pasteurs, et touche chacun selon ses capacités propres, aussi bien dans la vie quotidienne que dans les recherches théologiques et historiques » (UR 5). L’insistance du Concile sur la nécessité d’un engagement de tous les fidèles dans la tâche œcuménique, et pas seulement des théologiens et des responsables d’Église lors des rencontres de dialogue international, sera soulignée à maintes reprises dans les documents ecclésiaux postérieurs. Dans Ut unum sint, saint Jean-Paul II écrit que « loin d’être une prérogative exclusive du Siège apostolique, la responsabilité du dialogue œcuménique, clairement déclarée depuis le temps du Concile, incombe aussi aux Églises locales ou particulières » (UUS 31). La communion réelle, bien qu’imparfaite, qui existe déjà entre les catholiques et les autres chrétiens baptisés peut et doit être approfondie simultanément à différents niveaux. L’expression du Pape François : « Marcher ensemble, prier ensemble, travailler ensemble » résume bien cette démarche. En partageant notre vie de foi avec d’autres chrétiens, en priant avec et pour eux, et en rendant par nos actes un témoignage commun de notre foi chrétienne, nous grandissons dans l’unité que le Seigneur désire pour son Église.

4. L’évêque comme principe visible de l’unité

En sa qualité de pasteur du troupeau, l’évêque a la responsabilité particulière de rassembler dans l’unité. Il est « le principe visible et le fondement de l’unité » dans son Église particulière (Lumen gentium [LG] 23). Le service de l’unité n’est pas seulement l’une des nombreuses tâches du ministère de l’évêque ; il en est un aspect fondamental. L’évêque « comprendra l’urgence de promouvoir l’œcuménisme » (Apostolorum Successores 18). Enraciné dans sa prière personnelle, le souci de l’unité doit orienter chaque aspect de son ministère : dans son enseignement de la foi, son ministère sacramentel et les décisions de son gouvernement pastoral, il est appelé à édifier et à consolider l’unité pour laquelle Jésus a prié lors de la Dernière Cène (cf. Jn 17). L’adhésion de l’Église catholique au mouvement œcuménique a mis en évidence une nouvelle dimension de ce ministère d’unité. En effet, le souci de l’évêque pour l’unité de l’Église s’étend à « ceux qui ne sont pas encore de l’unique troupeau » (LG 27), tout en étant nos frères et sœurs dans l’Esprit par les liens de communion réels, bien qu’imparfaits, qui unissent tous les baptisés.

Le ministère épiscopal d’unité est étroitement lié à la synodalité. Comme l’a dit le Pape François, « l’examen attentif de la manière dont s’articulent, dans la vie de l’Église, le principe de la synodalité et le service de celui qui préside, offrira une contribution significative au progrès des relations entre nos Églises »[1]. Les évêques qui composent un collège en union avec le pape exercent leur ministère pastoral et œcuménique d’une façon synodale avec l’ensemble du peuple de Dieu. Le Pape François a dit encore : « Les efforts pour édifier une Église synodale  une mission à laquelle nous sommes tous appelés, chacun selon le rôle que le Seigneur lui a confié _ ont des implications théologiques importantes »[2], puisque tant la synodalité que l’œcuménisme sont un chemin à parcourir ensemble.

5. Le Vademecum, un guide pour l’évêque dans son discernement

La tâche œcuménique est et sera toujours influencée par la grande diversité des contextes dans lesquels les évêques se trouvent à vivre et à œuvrer : dans certaines régions, les catholiques sont majoritaires ; dans d’autres, ils sont une minorité face à une ou plusieurs autres communautés chrétiennes ; dans d’autres encore, le christianisme lui-même est minoritaire. Les défis pastoraux sont, eux aussi, extrêmement variés. Dans tous les cas, il appartient à l’évêque diocésain/éparchial d’apprécier les défis et les opportunités du contexte  il se trouve et de discerner comment appliquer les principes catholiques de l’œcuménisme dans son diocèse/éparchie[3]. Le Directoire pour l’application des principes et des normes sur l’œcuménisme, 1993 (ci-après Directoire œcuménique [DO]) est pour l’évêque le texte de référence dans cette tâche de discernement. Ce Vademecum est proposé à l’évêque comme un encouragement et un guide dans l’exercice de ses responsabilités œcuméniques.

PREMIÈRE PARTIE

La promotion de l’œcuménisme dans l’Église catholique

6. La quête de l’unité : un défi avant tout pour les catholiques

Unitatis redintegratio enseigne que le premier devoir des catholiques consiste à considérer « avec loyauté et attention tout ce qui, dans la famille catholique elle-même, a besoin d’être rénové et réalisé » (UR 4). Aussi, avant même d’entrer en relation avec les autres chrétiens, les catholiques doivent, dit encore ce décret, examiner « leur fidélité à la volonté du Christ par rapport à l’Église et [entreprendre], comme il le faut, un effort soutenu de rénovation et de réforme » (UR 4). Un tel renouveau intérieur dispose et prépare l’Église au dialogue et à l’engagement avec d’autres chrétiens. C’est un effort qui concerne à la fois les structures ecclésiales (Section A) et la formation œcuménique du peuple de Dieu tout entier (Section B).

A. Les structures œcuméniques aux niveaux local et régional

7. L’évêque, un homme de dialogue qui promeut l’engagement œcuménique

Christus Dominus (13) décrit l’évêque comme un homme de dialogue qui va à la rencontre des hommes et des femmes de bonne volonté dans la poursuite commune de la vérité, au moyen d’une conversation caractérisée par la clarté et l’humilité, et dans un esprit de charité et d’amitié. Le Code de Droit Canonique [CIC] développe cette idée au canon 383 §3, en déclarant, à propos des responsabilités œcuméniques de l’évêque : « Qu’envers les frères qui ne sont pas en pleine communion avec l’Église catholique, il se comporte avec bonté et charité » et « en encourageant l’œcuménisme tel que le comprend l’Église ». La tâche œcuménique de l’évêque consiste donc à promouvoir à la fois le « dialogue de la charité » et « le dialogue de la vérité ».

8. La responsabilité de l’évêque d’orienter et diriger les initiatives œcuméniques

À côté de sa disposition personnelle au dialogue, l’évêque exerce aussi un rôle de leadership et de gouvernement. Unitatis redintegratio évoque l’engagement du peuple de Dieu dans diverses activités œcuméniques, mais toujours « sous la vigilance de leur pasteur » (UR 4). Le Canon 755, situé dans la partie du Code dédiée à la fonction d’enseignement de l’Église, stipule : « Il appartient en premier lieu au collège des évêques tout entier et au Siège apostolique d’encourager et de diriger chez les catholiques le mouvement œcuménique » (CIC 755 §1). Il appartient en outre aux évêques, soit individuellement, soit en tant que conférences épiscopales ou synodes, d’établir des règles pratiques « selon les divers besoins et les occasions favorables… en tenant compte des dispositions portées par l’autorité suprême de l’Église » (CIC 755 §2 et CCEO 904 ; cf. aussi Apostolorum Successores 18). En établissant ces règles, les évêques, agissant soit individuellement soit dans le cadre de la conférence épiscopale, veilleront à éviter toute confusion ou incompréhension et toute occasion de scandale parmi les fidèles.

Le Code des Canons des Églises orientales [CCEO], qui dédie à l’œcuménisme un titre entier (XVIII), souligne que les Églises orientales ont « la charge spéciale » de promouvoir l’unité de toutes les Églises orientales, et met en relief le rôle de l’évêque éparchial dans cette tâche : il favorisera l’unité « par la prière en premier lieu, par l’exemple de la vie, par une fidélité religieuse à l’égard des anciennes traditions des Églises orientales, par une meilleure connaissance réciproque, par la collaboration et l’estime fraternelle des choses et des esprits » (Canon 903).

9. La nomination de délégués à l’œcuménisme

Le Directoire œcuménique (cf. 41) recommande aux évêques de nommer un délégué diocésain pour les questions œcuméniques, qui sera leur proche collaborateur et leur conseiller en matière œcuménique. Il propose en outre aux évêques d’instituer une commission œcuménique diocésaine chargée de les assister dans la mise en œuvre de l’enseignement de l’Église sur l’œcuménisme, tel que cet enseignement est établi dans ses documents et dans les directives de la conférence épiscopale ou du synode (cf. 42-45). Le délégué à l’œcuménisme et les membres de la commission œcuménique peuvent être d’importants points de contact avec les autres communautés chrétiennes et peuvent représenter l’évêque dans les rencontres œcuméniques. Pour encourager les paroisses catholiques à s’engager pleinement dans le mouvement œcuménique au niveau local, nombre d’évêques ont trouvé utile de promouvoir la nomination d‘assistants paroissiaux à l’œcuménisme, comme le propose le Directoire œcuménique (cf. 45 et 67).

10. La commission œcuménique des conférences épiscopales ou des synodes des Églises orientales catholiques

Lorsque les conférences épiscopales ou les synodes sont suffisamment importants, le Directoire œcuménique recommande la création d’une commission épiscopale chargée de promouvoir l’activité œcuménique (cf. 46-47). Cette commission sera assistée par une équipe d’experts et dotée, si possible, d’un secrétariat permanent. L’une des principales tâches de la commission consistera à traduire les documents œcuméniques de l’Église en initiatives concrètes appropriées au contexte local. Au cas  le nombre des membres d’une conférence épiscopale serait trop limité pour permettre l’instauration d’une commission épiscopale, le Directoire œcuménique suggère qu’au moins un évêque soit nommé responsable des tâches œcuméniques (cf. 46), qui pourra être assisté par des conseillers compétents.

La commission œcuménique devra soutenir et conseiller les évêques et les divers bureaux de la conférence épiscopale dans l’accomplissement de leurs tâches œcuméniques. Le Directoire œcuménique propose que la commission collabore avec les institutions œcuméniques existantes aux niveaux national ou territorial. Lorsque cela semblera approprié, la commission pourra organiser des dialogues ou des consultations avec d’autres communautés chrétiennes. Les membres de la commission pourront représenter la communauté catholique ou désigner un représentant lorsqu’est adressée une invitation à participer à un événement marquant de la vie d’une autre communauté chrétienne. Réciproquement, ils devront assurer un niveau approprié de représentation des invités œcuméniques ou des délégués lors des moments importants de la vie de l’Église catholique. Apostolorum Successores (cf. 170) suggère d’inviter des observateurs issus des autres communautés chrétiennes aux synodes diocésains, après consultations avec les responsables de ces communautés.

La visite ad limina Apostolorum peut être une occasion pour les évêques de partager leurs expériences et préoccupations œcuméniques avec le Saint-Père, avec le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens et avec d’autres bureaux de la Curie. C’est aussi une occasion pour eux de demander des informations ou des conseils auprès du Conseil pontifical.

B. La dimension œcuménique de la formation

11. Un peuple disposé au dialogue et à l’engagement œcuméniques

À travers la formation, l’évêque peut faire en sorte que les fidèles de son diocèse soient correctement préparés à s’engager aux côtés d’autres chrétiens. Unitatis redintegratio (cf. 11) recommande à ceux qui s’engagent dans le dialogue œcuménique d’aborder cette tâche avec « amour de la vérité, charité et humilité ». Ces trois dispositions fondamentales doivent être au cœur de la formation œcuménique du peuple de Dieu tout entier.

En premier lieu, l’œcuménisme ne présuppose pas le compromis, comme si l’unité devait être réalisée aux dépens de la vérité. Au contraire, la quête de l’unité nous conduit à une meilleure appréciation de la vérité révélée de Dieu. En conséquence, l’essence de la formation œcuménique consiste à « expliquer la foi catholique de façon plus profonde et plus juste, en utilisant une manière de parler et un langage qui soient facilement accessibles, même aux frères séparés » (UR 11). Ces explications doivent souligner le fait qu’il existe « un ordre ou une hiérarchie des vérités dans la doctrine catholique, en raison de leur rapport différent avec le fondement de la foi chrétienne » (UR 11). Bien que toutes les vérités révélées doivent être accueillies avec la même foi divine, leur signification dépend de leur rapport aux mystères salvifiques de la Trinité et du salut en Christ, sources de toutes les doctrines chrétiennes. En évaluant les vérités au lieu de simplement les énumérer, les catholiques peuvent acquérir une compréhension plus exacte de l’unité qui existe entre les chrétiens.

En second lieu, la vertu de charité exige que les catholiques évitent les présentations polémiques de l’histoire chrétienne et de la théologie, et en particulier les interprétations déviées des positions des autres chrétiens (cf. UR 4 et 10). Animés par l’esprit de charité, les formateurs s’efforceront au contraire de mettre toujours l’accent sur la foi que les catholiques partagent avec les autres chrétiens, en présentant les différences théologiques qui les divisent de façon équilibrée et exacte. En procédant ainsi, le travail de formation peut aider à surmonter les obstacles qui s’opposent au dialogue entre chrétiens (cf. UR 11).

Le Concile Vatican II a insisté sur le fait qu’« il n’y a pas de véritable œcuménisme sans conversion intérieure » (UR 7). En adoptant comme il convient une attitude humble, les catholiques sont amenés à apprécier « ce que Dieu réalise en ceux qui appartiennent aux autres Églises et Communautés ecclésiales » (UUS 48), ce qui leur permet en retour d’apprendre de ces frères et sœurs et de recevoir leurs dons. De même, ils doivent faire preuve d’humilité lorsque, dans la rencontre avec ces autres chrétiens, une vérité vient au jour qui « pourrait demander la révision de certaines affirmations ou de certaines attitudes » (UUS 36).

I) La formation des laïcs, des séminaristes et du clergé

12. Un aperçu des recommandations du Directoire sur la formation

La dimension œcuménique doit être présente dans tous les aspects et dans toutes les disciplines de la formation chrétienne. Le Directoire œcuménique présente en premier lieu des orientations pour la formation œcuménique de tous les fidèles (cf. 58-69). Cette formation consiste principalement dans l’étude et l’annonce de la Parole, la catéchèse, la liturgie et la vie spirituelle dans divers contextes, tels que la famille, la paroisse, l’école et les associations de laïcs. Le Directoire fournit ensuite diverses orientations pour la formation de ceux qui sont engagés dans le travail pastoral, qu’ils soient ordonnés (cf. 70-82) ou laïcs (cf. 83-86). Il recommande d’une part que tous les cours soient caractérisés par une dimension et une sensibilité œcuméniques, et d’autre part qu’un cours obligatoire dédié spécifiquement à l’œcuménisme soit institué dans le cadre du premier cycle des études de théologie (cf. 79). Le Directoire insiste tout particulièrement sur la dimension œcuménique de la formation dans les séminaires, et recommande que soit donné à tous les séminaristes la possibilité de vivre une expérience œcuménique (cf. 70-82). Ce document prend également en considération la formation continue en œcuménisme des prêtres, diacres, religieux et laïcs (cf. 91).

En 1997, le Conseil pontifical a publié des directives intitulées La dimension œcuménique dans la formation de ceux qui travaillent dans le ministère pastoral. Ce document est divisé en deux parties, portant respectivement sur la nécessité de donner une dimension œcuménique à tous les champs de la formation théologique et sur les éléments qui doivent être présents dans les cours dédiés spécifiquement à l’étude de l’œcuménisme.

II) L’utilisation des médias sociaux et des sites internet diocésains

13. Une approche œcuménique dans l’utilisation des médias

Le manque de communication entre les communautés chrétiennes a eu pour effet d’approfondir au cours des siècles les divergences existant entre elles. Les efforts pour renouer et renforcer la communication peuvent jouer un rôle essentiel dans le rapprochement des chrétiens divisés. Les personnes qui représentent l’Église dans les moyens de communication sociale doivent être animées des dispositions œcuméniques décrites ci-dessus. La présence catholique dans les médias doit démontrer que les catholiques estiment leurs frères et sœurs chrétiens, qu’ils sont ouverts à l’écoute des autres et désireux d’apprendre d’eux.

14. Quelques recommandations pour les sites diocésains

Internet est chaque jour davantage le moyen à travers lequel le visage de l’Église est perçu à travers le monde. C’est un lieu  tant les fidèles catholiques que les autres peuvent trouver l’Église locale représentée, et d’après lequel ils peuvent juger ses priorités et ses engagements. Une attention particulière doit donc être donnée à cette nouvelle dimension de la vie ecclésiale. L’engagement de l’Église catholique au service de l’unité des chrétiens en obéissance au Christ, ainsi que l’amour et l’estime des catholiques envers les autres communautés chrétiennes, doivent être immédiatement évidents sur les sites diocésains. Ceux qui administrent les sites diocésains doivent être conscients de leurs responsabilités en matière de formation chrétienne. Le délégué diocésain à l’œcuménisme et la commission pour l’unité des chrétiens doivent être faciles à repérer et à contacter à travers le site. Il serait très utile en outre que le site indique les liens vers les pages de la commission pour l’unité des chrétiens de la conférence épiscopale ou du synode, vers le site du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, et vers les conseils œcuméniques locaux ou nationaux.

La page œcuménique du site diocésain est un excellent endroit pour faire connaître les événements et les nouvelles. Cependant, il convient de demander toujours la permission avant d’utiliser des photos des partenaires œcuméniques car, dans certains cas, la publicité peut leur créer des difficultés.

_________________________________________

Recommandations pratiques

­ – Se familiariser avec le Directoire œcuménique, et l’utiliser.
­ – Nommer un délégué diocésain à l’œcuménisme. Le Directoire œcuménique (41) recommande que chaque diocèse ait un délégué à l’œcuménisme qui soit un proche collaborateur de l’évêque dans les matières œcuméniques et puisse représenter le diocèse auprès des autres communautés chrétiennes locales. Si possible, ce rôle devra être distinct de celui du délégué au dialogue interreligieux.
­ – Instituer une commission œcuménique diocésaine. Le Directoire œcuménique (42-44) propose que chaque diocèse ait une commission chargée d’introduire une dimension œcuménique dans chaque aspect de la vie de l’Église locale. Elle sera chargée de superviser la formation œcuménique, d’organiser des consultations avec les autres communautés chrétiennes, et de promouvoir avec elles un témoignage de foi commun.
­ – Encourager la nomination d’assistants paroissiaux à l’œcuménisme. Le Directoire œcuménique (67 ; cf. aussi 45) recommande que chaque paroisse soit « le lieu de l’authentique témoignage œcuménique », et qu’un paroissien soit chargé des relations œcuméniques locales.
­ – Se familiariser avec les règles établies par la conférence épiscopale ou le synode. Le Directoire œcuménique (46-47) suggère que chaque conférence épiscopale ou synode institue une commission d’évêques assistée par un secrétariat permanent ou, à défaut, qu’elle désigne un évêque responsable de l’engagement œcuménique. Cette commission ou cet évêque seront chargés non seulement de veiller à l’application des règles mentionnées ci-dessus, mais aussi d’entretenir des contacts avec les instances œcuméniques au niveau national.
­ – Veiller à ce qu’il existe dans tous les séminaires et dans toutes les facultés catholiques de théologie du diocèse un cours obligatoire sur l’œcuménisme, et que les cours de théologie et autres branches de la connaissance aient une dimension œcuménique.
­ – Diffuser la documentation et le matériel œcuméniques sur le site diocésain.
­ – Diffuser les nouvelles œcuméniques sur le site diocésain afin que les fidèles du diocèse puissent voir que leur évêque rencontre, prie et travaille avec les autres communautés chrétiennes locales.

_________________________________________

DEUXIÈME PARTIE

Les relations de l’Église catholique avec les autres chrétiens

15. Les diverses modalités de l’engagement œcuménique aux côtés d’autres chrétiens

Le mouvement œcuménique étant un et indivisible, il doit toujours être vu comme un tout. Cependant, il revêt des formes différentes en fonction des diverses dimensions de la vie ecclésiale. L’œcuménisme spirituel promeut la prière, la conversion et la sainteté de vie en vue de l’unité des chrétiens. Le dialogue de la charité privilégie la rencontre dans les relations quotidiennes et la collaboration en vue de renforcer et approfondir le lien que nous partageons déjà avec les autres chrétiens en vertu du baptême. Le dialogue de la vérité se penche sur les questions doctrinales essentielles en vue de la guérison des divisions entre chrétiens. Le dialogue de la vie comprend toutes les occasions de rencontre et de collaboration avec les autres chrétiens dans le cadre d’initiatives pastorales communes, dans la mission vers le monde et à travers la culture. Ces formes d’œcuménisme sont distinguées ici pour la clarté de l’exposé ; mais il faut toujours garder présent à l’esprit qu’elles sont étroitement liées et constituent des aspects d’une même réalité qui s’enrichissent mutuellement. Nombre d’initiatives œcuméniques impliquent d’ailleurs plusieurs de ces dimensions simultanément. Les distinctions introduites dans ce document ont uniquement pour but d’aider l’évêque dans son discernement[4].

A. L’œcuménisme spirituel

16. Prière, conversion et sainteté de vie

L’œcuménisme spirituel est décrit dans Unitatis redintegratio (8) comme étant « l’âme de tout l’œcuménisme ». À chaque liturgie eucharistique, les catholiques demandent au Seigneur de donner « unité et paix » à l’Église (Rite romain, avant le signe de paix) ou prient « pour la stabilité des saintes Églises de Dieu et pour l’union de tous » (Divine Liturgie de Saint-Jean Chrysostome, Litanie de paix).

L’œcuménisme spirituel consiste non seulement dans la prière pour l’unité des chrétiens, mais aussi dans « la conversion du cœur et [la] sainteté de vie » (UR 8). En effet : « Que les fidèles se souviennent tous qu’ils favoriseront l’union des chrétiens, bien plus, qu’ils la réaliseront, dans la mesure  ils s’appliqueront à vivre plus purement selon l’Évangile » (UR 7). L’œcumé-nisme spirituel demande une conversion et une réforme de vie ou, comme l’a dit le Pape Benoît XVI, « des gestes concrets qui pénètrent les âmes et remuent les consciences, appelant chacun à cette conversion intérieure qui est le présupposé de tout progrès sur la voie de l’œcuménisme »[5]. Dans la même ligne de pensée, le Cardinal Walter Kasper a déclaré : « Ce n’est que dans la conversion et le renouvellement des esprits que les liens blessés de la communion pourront être guéris »[6].

17. Prier avec les autres chrétiens

Étant donné qu’ils partagent une communion réelle en tant que frères et sœurs en Christ, les catholiques non seulement peuvent mais doivent rechercher les occasions de prier avec les autres chrétiens. Certaines formes de prière sont particulièrement appropriées à la recherche de l’unité des chrétiens. De même que nous récitons le Notre Père à la fin du rite du Baptême en reconnaissant ainsi la dignité d’enfants du même Père que nous avons acquise, il est approprié de réciter cette même prière avec les autres chrétiens avec qui nous partageons le baptême.

De façon similaire, l’ancienne pratique chrétienne de réciter ensemble les psaumes et les cantiques de l’Écriture (la Prière de l’Église), une tradition commune à nombre de communautés chrétiennes, se prête bien à la prière dans un contexte œcuménique (cf. DO 117-119)[7].

En promouvant la prière commune, les catholiques doivent être conscients que certaines communautés chrétiennes ne pratiquent pas la prière avec d’autres chrétiens, comme c’était aussi le cas autrefois pour l’Église catholique.

18. Prière pour l’unité : la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens

Le Concile Vatican II a enseigné que « la réconciliation de tous les chrétiens dans l’unité d’une seule et unique Église du Christ dépasse les forces et les capacités humaines » (UR 24). En priant pour l’unité, nous reconnaissons que l’unité est un don de l’Esprit Saint et pas un but que nous pouvons atteindre par nos seuls efforts. La Semaine de prière pour l’unité des chrétiens est célébrée chaque année du 18 au 25 janvier ou, dans certaines parties du monde, aux alentours de la Fête de la Pentecôte. Chaque année, un livret est préparé à cette intention par un groupe œcuménique de chrétiens d’une région particulière. Centré sur un passage des Écritures, ce document propose un thème, une célébration œcuménique et une série de brèves réflexions scripturaires pour chaque jour de la semaine. L’évêque peut soutenir très efficacement la cause de l’unité des chrétiens, d’une part en prenant part à un office de prière œcuménique avec d’autres responsables d’Église pour marquer cette semaine de prière et, d’autre part, en encourageant les paroisses et les groupes à travailler en lien avec les autres communautés chrétiennes présentes sur le territoire afin d’organiser ensemble des temps particuliers de prière pendant cette semaine.

19. Prier les uns pour les autres et pour les besoins du monde

Un important aspect de l’œcuménisme spirituel consiste tout simplement à prier pour nos frères et sœurs en Christ, et en particulier pour ceux qui sont proches de nous. Même si les relations œcuméniques se heurtent à des difficultés au niveau local ou si nos ouvertures en direction des autres chrétiens ne sont pas payées de retour, nous pouvons continuer à prier pour eux. Cette prière peut devenir une composante ordinaire de notre prière personnelle et des intercessions dans nos liturgies.

Ut unum sint enseigne qu’ « il n’y a pas d’événement important et significatif qui ne soit enrichi par la présence mutuelle et par la prière des chrétiens » (25). Les chrétiens de traditions diverses partagent une même sollicitude pour la communauté locale dans laquelle ils vivent et les défis particuliers auxquels elle doit faire face. Les chrétiens peuvent manifester leur engagement commun en fêtant ensemble les anniversaires ou événements marquants de la vie de la communauté et en priant ensemble pour ses besoins particuliers. Les grandes questions mondiales telles que les guerres, la pauvreté, le drame des migrants, les injustices et la persécution des chrétiens et d’autres groupes religieux requièrent aussi l’attention des chrétiens, qui peuvent se réunir pour prier pour la paix ou pour les plus vulnérables.

20. Les saintes Écritures

Unitatis redintegratio affirme que les Écritures sont « un instrument insigne entre les mains puissantes de Dieu pour obtenir l’unité » (21). Le Directoire œcuménique recommande que tout soit fait pour encourager les chrétiens à lire ensemble les Écritures. En effet, dit encore ce document, cela affermit le lien d’unité qui les unit déjà, les ouvre à l’action unifiante de Dieu, et renforce le témoignage commun rendu à la Parole de Dieu (cf. 183). Avec tous les autres chrétiens, les catholiques partagent les saintes Écritures et, avec nombre d’entre eux, un même lectionnaire dominical. Cet héritage biblique commun leur donne des occasions pour se réunir dans la prière ou pour des échanges fondés sur les Écritures, des lectio divina, des publications et traductions conjointes[8], et même des pèlerinages œcuméniques aux lieux saints de la Bible. Le ministère de la prédication peut être un moyen particulièrement efficace de montrer que les chrétiens se nourrissent à la source commune des saintes Écritures. Les prêtres catholiques et les autres ministres chrétiens peuvent, lorsque cela est approprié, s’inviter mutuellement à partager ce ministère dans leurs célébrations non-eucharistiques respectives (DO 135 ; cf. aussi 118 et 119).

21. Fêtes et temps liturgiques

De même, nous partageons avec la plupart des autres traditions chrétiennes les grands moments de l’année liturgique : Noël, Pâques et la Pentecôte. Avec nombre d’entre elles, nous partageons aussi les temps liturgiques de l’Avent et du Carême. Dans maintes parties du monde, ce calendrier commun permet aux chrétiens de se préparer ensemble à la célébration des principales fêtes chrétiennes. Dans certains diocèses, l’évêque catholique publie avec les autres responsables d’Église une déclaration conjointe à l’occasion de ces importantes célébrations.

22. Saints et martyrs

« L’œcuménisme des saints, des martyrs », écrit saint Jean-Paul II dans Tertio millennio adveniente, « est peut-être celui qui convainc le plus ». Et il poursuit : « La voix de la communio sanctorum est plus forte que celle des fauteurs de division » (37). Nos Églises sont déjà unies par la communion que partagent les saints et les martyrs. Une dévotion commune à un saint, un sanctuaire ou une image particulière peut être l’occasion d’organiser un pèlerinage, une procession ou une célébration œcuménique. Les catholiques en général, et les évêques catholiques en particulier, peuvent contribuer à renforcer les liens d’unité entre chrétiens en encourageant les dévotions communes déjà existantes.

Dans certaines parties du monde, les chrétiens sont victimes de persécutions. Le Pape François a souvent parlé de « l’œcuménisme du sang »[9]. Ceux qui persécutent les chrétiens reconnaissent souvent mieux que les chrétiens eux-mêmes l’unité existant entre eux. En honorant les chrétiens issus d’une autre tradition qui ont subi le martyre, les catholiques reconnaissent les dons que le Christ a répandus sur eux et dont ils rendent un témoignage puissant (cf. UR 4). En outre, bien que notre communion avec les communautés dont ces martyrs sont issus soit encore imparfaite, elle « est déjà parfaite en ce que nous considérons tous comme le sommet de la vie de grâce, la martyria jusqu’à la mort, la communion la plus vraie avec le Christ » (UUS 84, cf. aussi 12, 47, 48 et 79).

23. La contribution de la vie consacrée à l’unité des chrétiens

La vie consacrée, enracinée dans la tradition commune de l’Église indivise, a indéniablement une vocation particulière à promouvoir l’unité. Tant les communautés monastiques et religieuses établies de longue date que les nouvelles communautés et mouvements ecclésiaux peuvent être des lieux privilégiés  l’on pratique l’hospitalité œcuménique, la prière pour l’unité, et l’« échange de dons » entre chrétiens. Certaines communautés de fondation récente ont pour charisme particulier la promotion de l’unité des chrétiens, et quelques-unes d’entre elles accueillent même parmi leurs membres des personnes issues d’autres traditions chrétiennes. Dans l’Exhortation apostolique Vita consacrata, saint Jean-Paul II écrit : « Il est […] urgent que, dans la vie des personnes consacrées, on réserve plus de place à la prière œcuménique et au témoignage authentiquement évangélique ». En effet, ajoute-t-il, « aucun institut de vie consacrée ne doit se sentir dispensé de travailler pour cette cause » (100-101).

24. La purification de la mémoire

L’expression « purification de la mémoire » tire son origine du Concile Vatican II. L’avant-dernier jour du Concile (7 décembre 1965), dans une déclaration commune, saint Paul VI et le Patriarche Athénagoras ont « enlevé de la mémoire » de l’Église les sentences d’excommunication de l’an 1054. Dix ans plus tard, saint Paul VI a utilisé pour la première fois l’expression « purification de la mémoire ». Comme l’écrit saint Jean-Paul II : « L’assemblée conciliaire se terminait ainsi par un acte solennel qui était en même temps une purification de la mémoire historique, un pardon réciproque, et un engagement solidaire pour la recherche de la communion » (UUS 52). Dans cette même encyclique, saint Jean-Paul II souligne la nécessité de surmonter « certains refus de pardonner », « l’enfermement dans la condamnation des ‘autres’ de manière non évangélique », et « un mépris qui découle de présomptions malsaines » (15). Du fait que les communautés chrétiennes ont grandi séparément les unes des autres en éprouvant souvent des ressentiments, dans certains cas ces attitudes se sont cristallisées. La mémoire d’un grand nombre de communautés chrétiennes demeure blessée par un passé de conflits religieux et nationaux. Néanmoins, quand des communautés opposées par des divisions historiques sont capables de se rejoindre dans une relecture commune de l’histoire, la réconciliation des mémoires devient possible.

La commémoration du 500anniversaire de la Réforme en 2017 est un exemple de guérison des mémoires. Dans le rapport de dialogue Du conflit à la Communion, catholiques et luthériens se sont demandés comment ils pouvaient transmettre leurs traditions respectives « de façon à ce qu’elles ne creusent pas de nouvelles tranchées entre confessions chrétiennes » (12)[10]. Ils ont ainsi découvert qu’il était possible d’adopter une nouvelle approche de leur histoire : « Ce qui est advenu dans le passé ne peut être changé ; mais ce dont on se souvient de ce passé et la façon dont on transmet ce souvenir peuvent, au cours du temps, se modifier. Le souvenir rend le passé présent. Si le passé lui-même ne peut être altéré, l’empreinte du passé dans le présent le peut » (16).

_________________________________________

Recommandations pratiques

­ Prier régulièrement pour l’unité des chrétiens.
­ Marquer la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens par un office de prière organisé de façon œcuménique et encourager les paroisses à en faire autant.
­ Étudier avec les autres responsables d’Église la possibilité d’organiser conjointement des journées d’étude de l’Écriture, des pèlerinages/processions œcuméniques, de poser des gestes symboliques, ou éventuellement de convenir d’échanges de reliques ou d’images saintes.
­ Publier avec un ou plusieurs autres responsables d’Église un message conjoint à l’occasion des Fêtes de Noël ou de Pâques.
­ Tenir un office de prière œcuménique pour une intention commune avec d’autres communautés chrétiennes locales.
­ Encourager les prêtres ou les assistants pastoraux du diocèse à rencontrer régulièrement les ministres et responsables des autres communautés chrétiennes travaillant dans le voisinage pour prier ensemble.
­ Se tenir informé du travail œcuménique des communautés de vie consacrée et des mouvements ecclésiaux et l’encourager.
­ Demander à la commission diocésaine de travailler avec d’autres communautés chrétiennes pour discerner si une purification des mémoires est nécessaire, et suggérer des initiatives concrètes destinées à la faciliter.

_________________________________________

B. Le dialogue de la charité

25. Le fondement baptismal du dialogue de la charité

Tout œcuménisme est baptismal. Si les catholiques considèrent tous les êtres humains comme leurs frères et sœurs en vertu de leur Créateur commun, ils reconnaissent un lien beaucoup plus profond avec les chrétiens baptisés issus d’autres communautés chrétiennes qui sont leurs frères et sœurs en Christ, selon l’usage du Nouveau Testament et des Pères de l’Église. C’est pourquoi le dialogue de la charité participe non seulement de la fraternité humaine, mais aussi des liens de communion forgés par le baptême.

26. Une culture de la rencontre dans les institutions et les événements œcuméniques

Les catholiques ne doivent pas attendre que les autres chrétiens viennent à leur rencontre ; au contraire, ils doivent toujours être prêts à faire le premier pas vers les autres (cf. UR 4). Cette « culture de la rencontre » est le présupposé de tout œcuménisme véritable. C’est pourquoi il est important que les catholiques participent, autant que possible, aux diverses institutions œcuméniques, que ce soit au niveau local, diocésain ou national. Les organismes tels que les conseils d’Églises et les conseils chrétiens édifient la compréhension mutuelle et la coopération (cf. DO 166-171). Les catholiques ont le devoir de participer au mouvement œcuménique particulièrement   ils sont majoritaires (cf. DO 32). Le dialogue de la charité s’édifie à travers l’accumulation d’initiatives simples qui renforcent les liens de communion : échanges de messages ou de délégations pour les occasions particulières ; visites réciproques et rencontres entre responsables pastoraux locaux ; jumelages ou accords entre communautés ou institutions (diocèses, paroisses, séminaires, écoles et chorales). Par nos paroles et nos gestes, nous manifestons ainsi notre amour non seulement pour nos frères et nos sœurs en Christ, mais aussi pour les communautés chrétiennes auxquelles ils appartiennent, puisque nous reconnaissons avec joie et apprécions les valeurs réellement chrétiennes que nous y trouvons (cf. UR 4).

Nombreux sont les évêques qui ont pu expérimenter, à l’occasion de ce dialogue de la charité, que l’œcuménisme n’est pas seulement un devoir de leur ministère, mais qu’il est aussi une source d’enrichissement et un motif de joie qui leur fait dire : « Quel plaisir, quel bonheur de se trouver entre frères » (Ps 133,1).

_________________________________________

Recommandations pratiques
­ Faire le premier pas pour rencontrer d’autres responsables d’Église.
­ Prier en privé et publiquement pour les autres responsables d’Église présents dans le diocèse.
­ Assister, autant qu’il est possible et approprié, aux liturgies d’ordination/installation/accueil des autres responsables d’Église dans le diocèse.
­ Inviter, lorsque les circonstances le permettent, les autres responsables d’Églises à des célébrations liturgiques et autres événements importants.
­ S’informer de l’existence de conseils d’Églises et autres institutions œcuméniques dans le diocèse et y participer autant que possible.
­ Informer les autres responsables d’Église des nouvelles et des événements importants

_________________________________________


Comments