Grégoire de Nazianze : "Contre le Schisme" - Discours XII.

publié le 7 août 2020, 08:42 par Président ACOS   [ mis à jour : 10 août 2020, 10:19 ]

Où sont-ils, ces hommes dont les yeux toujours ouverts sur nous, s'inquiètent si sévèrement de ce qui nous arrive d'heureux ou de malheureux ; dans la seule intention de nous censurer, non de nous juger ? Avares de louanges, prodigues de reproches et d'insultes, ardents à dénaturer par leurs mensonges ce que nous faisons de bien, à exagérer, par leurs déclamations forcenées, les fautes qui nous échappent, habiles à chercher dans nos torts l'excuse de tous ceux qu'ils se permettent. Si du moins ils pesaient les uns et les autres dans la balance d'une rigoureuse équité, nous profiterions, avec reconnaissance, d'une haine qui nous rendrait plus circonspects. Mais l'excès même de leur injustice ôte tout crédit à leurs arrêts, et leur jugement ne peut pas plus servir à leurs ennemis, que leurs calomnies ne peuvent nous nuire. Où sont-ils, ces détracteurs de la Divinité, comme de ceux qui la servent ? Car la cause est la même. Et ce qui rehausse l'éclat de nos souffrances, c'est que si nous sommes persécutés par eux, Dieu ne l'est pas moins que nous. Où sont-ils ces hommes si complaisants sur leurs propres défauts, si impitoyables sur ceux des autres ? Réussiront-ils encore ici à en imposer à la vérité ? Qu'ils viennent parmi nous ; qu'ils surmontent un moment leur répugnance, pour prendre part à nos secrets ; qu'ils viennent : nous ne craindrons que le témoignage de nos ennemis les plus implacables. Ils verront de leurs propres yeux, que du sein même de notre infirmité d'un moment sont sortis les germes d'une vigueur nouvelle.

Il répète dans ce discours ce qu'il avait affirmé dans le précédent, que la contestation survenue à Nazianze n'avait point eu pour objet la foi de nos mystères que l'Arianisme seul altérait par des blasphèmes directs.

Il eût mieux valu, sans doute, que cette ombre de dissension n'existât point. Notre erreur fut l'excès de notre attachement pour notre pasteur, et de n'avoir pas su choisir entre deux biens, lequel était préférable, jusqu'à l'heureux moment où nous les avons enfin accordés l'un et l'autre. Voilà tout notre vote d'accusation : est-ce un tort, est-ce un mérite ? Qu'avec cela, l'on nous condamne, ou nous absolve ; il n'en faut pas davantage à l'hérésie. Pourtant, nous ne pouvons lui accorder rien de plus. Mais elle a beau faire, toujours elle échouera contre la vérité. Il ne nous a fallu pour arbitre de notre différend, que nous-mêmes ; nous n'en irons point chercher d'autres.  

Réfutation de l'Arianisme et des erreurs de Sabellius. Elle se termine par une invocation :

Trinité sainte, adorable et patiente Trinité ! (combien vous l'êtes pour supporter si longtemps ceux qui vous divisent!). Trinité qui avez daigné me choisir pour être votre ministre fidèle, et venger vos mystères! Trinité que tous reconnaîtront un jour, soit par votre manifestation, soit par vos vengeances, faites que ceux qui vous outragent, se rangent enfin parmi vos adorateurs, que nous n'en perdions aucun, non pas même des moins considérables ; quand je devrais pour cela être privé d'une partie de votre grâce, car je n'oserais pousser mon zèle aussi loin que l'Apôtre. 

C'est dans ce discours que se rencontre cette belle expression : que l'expérience est la maîtresse des ténèbres et des insensés.

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Source : Bibliothèque choisie des Pères de l'Eglise grecque et latine....Par M.-N.-S. GUILLON., Troisième partie, Tome Sixième., 1828.